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05.02.06

trait pour trait

macaque_filtered
(macaque à longue queue - macaca fascicularis , Kuala Selangor, Malaisie, le 30 juil. 05)

Rien n’a changé tout au fond. Mêmes révoltes, mêmes tourments, mêmes désirs qu’à l’aube des dix-sept ans. Ce sont les manières de dire et de laisser paraître, l’enveloppe des mots et toute cette force de dissimulation fourbie à l’acide des larmes qui font la différence. Malgré les dérivations et les dissonances, les chemins dérobés et les fuites imposées, nous restons fidèles au point et à l’idée qui nous ont animés dès que le regard s’est ouvert au monde. Vivre est une idée acceptable tant qu’il est permis de retrouver la sensation de soi-même dans ses jouissances, ses rires et ses souffrances, au moins de temps en temps. Tant que coule sur la vitre des jours la petite musique intime de son sang, indicible pour quiconque, et peut-être, qui sait, la même pour tous.

Posté par Richard G le 05.02.06 - rouge - Commentaires [15] - Permalien [#]

Commentaires

    Regards

    "Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes..."
    Et cette fois, pour ne pas contrarier l'ami Layani, je dirai que c'est d'Aragon.

    Posté par , le 05.02.06 à 18:27
  • Rien n'a changé mais tout est différent. Et si le point de départ reste encore visible, la distance qui nous en sépare le transforme et le rend flou. Ne pas se perdre de vue est une qualité qui n'est pas donnée à tout le monde.

    Posté par , le 05.02.06 à 19:19
  • Notre sang
    Ruisselant
    Nos gènes
    Quand bien même
    Guident
    Nos rides
    Vers un océan
    De néant
    C'est ainsi
    La vie

    Posté par , le 05.02.06 à 20:38
  • La petite musique intime de son sang

    Ces deux là , sont comme des ruisseaux palpitants qui ne pourraient prolonger leur étreinte que dans la procréation désirée… mais pas pour toujours peut-être…et encore… ce serait une troisième musique
    qui s’ ébaucherait alors, et prendrait ou non une ampleur cohésive audible, sinon indicible…

    Quelles seraient les autres raisons de rester ensemble quand tant d’autres musiques sont
    accessibles par le Monde… et qu'on aime en changer...

    Nos musiques amoureuses sont toujours singulières et risquées.

    Leurs harmonies sont éphémères et fragiles.

    Ce qui n’empêche pas la musique d’exister

    Nos solos sont-ils nos chants les plus beaux ?

    Là est la dissonance de questionnement pour une mise en sens qui nous trouble.

    La partition est toujours biffée et parfois illisible lorsqu’on la recommence trop souvent.
    Qu’il est difficile d’écrire pour soi et pour de bon « la petite musique intime de son sang »…

    Posté par , le 05.02.06 à 23:35
  • "Mêmes révoltes, mêmes tourments, mêmes désirs qu’à l’aube des dix-sept ans."

    Pensez-vous vraiment qu'il s'agisse de votre réalité profonde ou n'est-ce pas une façon de vous illusionner pour ne pas voir, surtout pas, ce qui est vraiment là "tout au fond" de vous ??

    Posté par , le 06.02.06 à 10:10
  • Lyriann, je ne vais pas refaire le coup de Jules Les Eglises, "yé né pas changé", mais j'ai pour habitude (un réflexe auto-nettoyant) d'éviter soigneusement toute tentation d'hypnose ou d'endoctrinement. Et je ne me sens pas encore assez vulnérable pour m'armer de fausses certitudes. Il n'en demeure pas moins qu'au vu d'émotions récemment éprouvées (un lieu, un contexte, des gens, comme si je ne les avais jamais quittés après quinze ou vngt ans), j'ai dû me rendre à cette évidence. Evidence d'un jour, éventuellement contestable au gré des autres. Mais il s'agit bien ici d'un carnet n'est-ce pas, pas d'une encyclopédie. Le temps dira si...

    Marie.Pool, en relisant ton commentaire, j'ai eu un doute. Indicible ou indécelable, avais-je mal choisi le mot. Mais non, c'était bien ce que je voulais dire : ne pas savoir dire. J'aime beaucoup l'illustration amoureuse que tu donnes à ce billet. Il faudra y revenir...

    Esrelle : qualité ou... circonstances. Avec le recul, je sais à quel moment j'ai failli me perdre. Ce n'était pas le point le plus flou de mon existence pourtant.

    Alma : Océan de néant oui si l'on ne procrée pas dans un but humaniste (et non pour soi). Et quand ce but semble inaccessible, mieux vaut s'en remettre à l'effacement.

    Fuli, heureusement que tous les chiens battus n'aboient pas de joie. Bonjour le rictus...

    Posté par , le 06.02.06 à 10:47
  • misere, quel beau texte encore une fois..

    quel regard sur cette photo...
    ces macaques sont tres photogeniques, j'en ai un aussi, le voili: http://www.hotpixel.ch/index.php?p=7&theme=grey1

    Mais le mien a seulement l'air de se demander qu'est ce que je peux bien etre en train de bricoler

    Posté par , le 06.02.06 à 12:44
  • Ton macaque est plus beau que le mien, dis, Pintel. On dirait Johnny Hallyday en 1972. Le mien, à côté, c'est plutôt mon libraire quand je feuillette les magazines sans les acheter.
    Et il est vrai que les singes sont passionnants à photographier.

    Posté par , le 06.02.06 à 12:50
  • Procréation
    Une pérennité
    Une ascension
    Vers l'éternité

    De là à s'effacer
    Pour la mort
    Un sort
    Invalidé

    Posté par , le 06.02.06 à 13:51
  • C'est incroyable ce regard et cette expression.
    Pendant un instant, j'ai l'impression de connaitre le sentiment de ce frère génétique sur nos existences.

    Vivre, c'est ressentir.

    Posté par , le 06.02.06 à 15:43
  • Ce n'est pas très malin comme commentaire, mais je suis entièrement d'accord avec toi.

    Une phrase m'a frappé : "cette force de dissimulation fourbie à l’acide des larmes". Elle est parfaitement juste et je me suis demandé si cet acide, en plus, n'était pas celui -- ah, le salaud -- qui creuse les rides.

    Posté par , le 06.02.06 à 16:48
  • de rien à la petite musique du sang...

    Oups, Richard...J'ai dû me tromper d'endroit pour le commentaire... Mais le regard de ce primate était si troublant que je ne regrette rien . Ce qui est "indécelable" à jamais, c'est ce que lui pense de tout çà . De qui le photographie par exemple. Je suis fascinée par la capacité d'attention de la plupart des animaux, bien supérieure à la notre. Il est vrai qu'ils ne s'embarrassent pas de métaphysique et de religion. On a jamais vu des colombes brûler des drapeaux sous des prétextes fallacieux. Il y a des musiques collectives qui empêchent ce regard si simple et si singulier de ceux qui essaient de faire attention à tout ce qu 'il y a autour, en évitant de saccager au nom d'un sang qui palpite par humeur non pacifique. Les images sont des excitants, parfois très néfastes... Celle-ci est apaisante et amusante. J’aime beaucoup aussi le regard des gorilles … Est-ce que de tels regards parlent mieux d'amour que nous tous ? J'en doute un peu... quoique... par ces temps de prosélytisme anxieux et hargneux , ces regards là se posent au bon endroit , souvent encore indécelable dans bien des cas. De rien, on en revient un peu vides mais par optimisme indécrottable, on continue à scruter les regards et le sang continue sa petite musique à l'intérieur, heureusement, heureusement... Sourire... Sourire... Ca reste juste et beau... Cela pourrait s’appeler photolangage, on s’en sert pour soigner les gens un peu déboussolés…

    Posté par , le 07.02.06 à 14:20
  • Moi j'aurais dit david beckham en fait, a cause des chweux

    Posté par , le 07.02.06 à 20:53
  • A ne surtout pas réfréner

    Oui, toujours la petite musique intime, les mêmes refrains, moins effrénés peut-être ?
    Et si la vie était une spirale ?

    Posté par , le 08.02.06 à 13:40
  • L'acide, Jacques, celui qui nous empêche au moins de bayer aux corneilles...

    Barnabé, bien certainement. Tout est ressenti. Les raisonnemenents que l'on échafaude ensuite sur nos actes et nos choix sont des paravents.

    Marie.Pool, quelle belle intervention qui me laisse coi. Juste rajouter que la capacité d'attention des animaux trouve ses limites dans la recherche de nourriture. En te parlant, j'observe à moins d'un mètre les mésanges et les tarins sur le rebord de ma fenêtre. Je bouge, je gesticule, mais ils ne voient que les graines de tournesol.

    Pintel, ouarf ! Et encore je ne t'ai pas montré le semnopithèque à coiffe, lui c'est carrément Johnny Rotten (ou Dick Rivers, selon les goûts).

    Bibi, la vie est une spirale c'est assez vrai, une coquille d'escargot qui tourne de plus en plus vite...

    Posté par , le 08.02.06 à 13:57

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