de rien

(travail sur photo prise à Vif, Isère, le 16 juil. 05)
Elle s’est levée, a enveloppé sa dignité dans une vieille chemise à moi qui traînait et s’est dirigée vers la pile de disques. Les premières notes de A Night In Tunisia s’égrenaient bientôt dans la pénombre. D’un geste machinal, elle a allumé une cigarette et s'est avancée vers la fenêtre. Je ressentais encore la pression de ses lèvres en la regardant fumer. Les volutes jouaient avec les mélopées de la musique. A mon tour je suis sorti du lit. Je me suis rapproché d’elle, j’ai regardé par-dessus son épaule. Les néons bleus du salon de coiffure d’en face clignotaient sous la pluie fine. Les trottoirs mouillés jetaient des reflets partout. J’avais envie de la caresser encore, au moins la frôler. Il ne fallait pas. Nous étions convenus de ne rien prolonger après cette nuit. Ne plus rien dire, ne rien faire qui ressemble à une sorte d’attachement. « Il pleut encore », ai-je juste lancé. « Eh oui », fit-elle après quelques secondes interminables. Je me suis recouché, j’ai replongé dans l'odeur des draps. Je l’ai vue tirer une dernière fois sur sa Winston. Un trou rouge dans le noir zébré de bleu, c’était joli. J’ai cru l’entendre soupirer quand elle est partie s’enfermer dans la salle de bains. Mais c’était peut-être le souffle du saxophone. L’eau a coulé un peu, je me suis laissé aller à la musique. J'ai essayé de ne plus penser à rien.
- J’ai pendu ta chemise vers la baignoire.
- D’accord.
- J’y vais. Merci.
Je me suis empressé d’un de rien, surjoué, maladroit. Un claquement mou de la porte fut son seul écho.