le chant des sans-partis

(shama dayal - Copsychus saularis , The Gap, Malaisie, le 6 août 05)
Finalement les hommes se sont rapprochés des oiseaux. Ils chantent sans intention artistique, sans souci d'inventer ou d'exprimer. Pies, perruches, dindons : les croupiers de la variété française s’observent et s’imitent ad libidum. Posture simiesque, vocalises superposables au demi-soupir près. Ils se jouent de la musique, ne jouant que d’une technique, celle qui leur permet de pousser la note juste. Pardon : de parodier la note juste. Pour la chair, le contenu émotionnel, vous repasserez. La victoire de la forme dans une quiche sans fond.
« Aller plus haut, aller plus haut et croire encore à l’aveniiiiir ». Il n’y a pas de vraie culture sans effort. Pas d’héritage sans expression, pas de progrès sans dépassement. La musique vendue aujourd’hui (à l’inverse de celle qui s’achète) conforte les huîtres, sa mollesse flatte nos lipides et les refrains rabâchent un néant prédigéré. Les vieux chanteurs font du jeunisme alité et inversement. Si les disques de Julie Zenatti reflètent la vie, c’est que vous êtes morts.
L’artiste était jadis annoncé comme le prophète d’une société à venir. C’était un homme, une femme d’audace, de courage, d’amour et de sang. Plus rien de tout cela dans nos chansons. Il n’y a plus d’histoire musicale, comme il n’y a plus d’aventure politique dans notre pays depuis vingt-cinq ans.
[son plumage ne se rapporte pas exactement à son ramage : le shama dayal possède l'un des plus jolis chants au monde. L'oiseau est très recherché par les éleveurs pour les concours de chants à travers l'Asie.]