le dormeur du bal

(Little India, Kuala Lumpur, Malaisie, le 21 août 05)
C’était après les dévastations. Aux siècles de bruit et de colère avait succédé l’apaisement. Les hommes étaient descendus de leurs machines, les cœurs avaient rouvert boutique. On avait rendu les butins des pillages et de partout montait le chant du pardon. Du nord au sud, il coulait du soleil pour tout le monde, les papillons refleurissaient au pré et les enfants lâchés dans les rues fondaient en bandes joyeuses sur l’avenir. La veille encore, les parents avaient prié pour qu’ils dorment au moins une nuit en paix. L’hiver grattait derrière la porte, c’était encore janvier, toujours janvier, sa solitude harcelante, sa désolation vide et blanche. Blanche jusqu’à l’amnésie. J’avais moi-même oublié la douceur du corps de mon aimée, l’évasement de ses hanches, anses où jadis mouillèrent tous ces rêves.