Claire Chazal ne sait pas ce qu'elle raconte

(musée Dali, Figueras, Espagne, le 30 déc. 05)
La madone de cire du JT du week-end de TF1 a une nouvelle fois démontré tout son professionnalisme dimanche soir grâce à son impeccable chemisier blanc et son regard impassible, qui inspirent immanquablement l’objectivité et la justesse, à défaut de les prouver. Si les journalistes les mieux payés étaient les plus compétents, ça se saurait. Pour présenter un reportage sur le gypaète barbu, un magnifique oiseau rare et menacé, la madame lit sur son prompteur, je cite ouvrez les guillemets, « un rapace impitoyable qui s’acharne sur ses proies ». Tremblez, Français !
J'oserai rappeler que le gypaète est un oiseau absolument inoffensif. Les Espagnols qui l’ont observé au-dessus des Pyrénées aragonaises l’ont surnommé affectueusement le «Quebrantahuesos», littéralement le casseur d’os. Il vient, après ses congénères les vautours fauves, terminer les restes osseux d’un mouton ou d’un isard tué accidentellement dans l’hostile montagne. Ce n’est qu’en période de pénurie qu’il s’attaque à des petits mammifères et à des insectes. Son comportement alimentaire fait de lui un éboueur ultime de la Nature.
Mais TF1 et Claire Chazal ont changé le scénario. Ils ont préféré transformer le rapace en monstre sanguinaire. Peut-être pour préparer les téléspectateurs (selon l’expression chère à Patrick Le Lay, PDG de la chaîne) au film qui allait suivre, une énième série B atroce avec Bruce Willis, le prétendant au titre du meilleur Chuck Norris chauve ? Abreuver dix millions de Français à l’histoire naturelle façon TF1, ça vous file des frissons dignes de Poltergeist ou Razorback Avant le film du dimanche soir, c’est déjà le film. Et après les loups qui attaquent l’homme et les ours mangeurs de bébés, voici les oiseaux d’Hitchcock remake CC.
On sait depuis longtemps que la télé privée n’est pas un vecteur de culture très performant, elle confirme, Claire Chazal après Claire Chazal, siècle après siècle, qu’elle est au moins un excellent témoin de la bêtise ambiante. Et à l’heure où des milliers de journalistes crèvent la faim en France (on le dit peu) et veulent travailler consciencieusement, on se rassure de voir que certains sont super méga bien payés à balancer des balivernes. Ca compense.