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avant la lettre
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20 janvier 2006

elles en-allées

libellule
(libellule non identifiée, Tasik Chini, Malaisie, le 13 août 05)

Elles passent le matin devant vous, elles vous frôlent et vous changez la cadence de vos pas. Elles ont posé un regard léger sur votre front, en chantonnant l’air de rien, en soulevant derrière elles un peu d’écume de rêve. Graciles, gracieuses, on les dirait amoureuses, à coup sûr, toujours, coulées dans le bonheur d’aimer. Leur sillage embaume un parfum d’été, on devinerait presque la moiteur des lits qu’elles n’ont pas faits. On voudrait les accompagner, porter un bout d’elles, prendre un geste, une voix, qui nous dirait que oui peut-être pourquoi pas, un café près du comptoir et on verra, dénouer des phrases timides sur leurs yeux comme des lacs ou des forêts, tout ce qu’elles auraient déjà entendu cent fois sans se lasser. Mais elles se pressent, vous avez hésité, ce serait trop hardi quand même, elles sont passées si vite, elles ne vous ont peut-être pas regardé finalement, et le bitume est gris et vide et le ciel un peu jaune.


(enregistré au dictaphone dans la voiture le 18 janv 06. Bande-son : Casa - Morelenbaum & Sakamoto)

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Commentaires
L
un grand bravo au créateur magique( et non pas majax!) de ce site qui je l'espère, continuera pendant longtemps à nous régaler de ses superbes photos et textes.
R
Mamzelle Lili, c'est bien ce qu'il me semblait. Voilà pourquoi je ne les ai jamais rattrapées.<br /> <br /> Gilda, il faut essayer les rollers :-)<br /> <br /> Pintel, tu vas nous faire un remake de Julio Iglesias si ça continue !<br /> <br /> Chrysalide, ému de t'émouvoir... Et merci pour Verlaine.
C
Mais il faudrait alors prendre le risque de casser le rêve...<br /> <br /> oser rattraper la marche d'une et lui demander d'arrêter sa course,<br /> oser croiser son regard et l'appuyer, au risque de n'y pas rencontrer celui que l'on cherche,<br /> oser entendre une voix dont le ton ne s'accordera pas avec la sienne,<br /> oser tenter l'aventure de la rencontre, au risque de s'y perdre, au risque de la perdre.<br /> oser se confronter à la réalité alors que le rêve d'une nous imprègne encore tout entier.<br /> <br /> "Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant<br /> D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,<br /> Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même<br /> Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.<br /> Car elle me comprend, et mon cœur, transparent<br /> Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème<br /> Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,<br /> Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.<br /> Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l'ignore.<br /> Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore<br /> Comme ceux des aimés que la Vie exila.<br /> Son regard est pareil au regard des statues,<br /> Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a<br /> L'inflexion des voix chères qui se sont tues."<br /> Paul Verlaine<br /> <br /> Ton texte m'a émue Richard.
P
ah les femmes<br /> vivement le printemps, qu'on puisse de nouveau sentir le parfum des belles inconnues qu'on croise dans la rue
G
Anne est passée avant moi sur le mode fais quand même gaffe à la route !<br /> Finalement j'ai de la chance d'habiter Paris et l'aller au bureau en métro ;-) ...<br /> <br /> PS : j'ai enfin compris pourquoi on ne m'a jamais proposé un café près du comptoir (sauf par des potes, bien entendu)
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