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avant la lettre
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17 janvier 2006

napalm sur les consciences

rainette2
(rainette de Rosenberg - hyla rosenbergi, Marino Ballena, Costa Rica, le 11 août 04)

Cette rainette géante d’Amérique centrale aura peut-être disparu de la surface du globe d’ici 20 ans, comme un tiers des espèces d’amphibiens. La cause de ce massacre gigantesque, le plus important et le plus rapide depuis les dinosaures, n’est pas seulement l’activité humaine. C’est aussi la pensée de l’homme, ou du moins de certains, qui dévaste le monde à grande échelle. Le journaliste Pierre Kohler avait déjà publié un livre douteux il y a quelques années, L’Imposture Verte, qui s'acharnait contre toutes les grandes causes environnementales. Voilà que le scénariste de Jurassic Park (les dinosaures…) Michael Crichton s’engage à son tour dans la voie du révisionnisme écologique. Son roman Etat d’Urgence vient d’atterrir dans les librairies françaises. La thèse sous-jacente : le réchauffement de la planète est un mythe. Selon lui, les ordinateurs des scientifiques ne sont pas assez puissants pour conclure à la responsabilité humaine dans un dérèglement climatique qui resterait d’ailleurs à démontrer. Pour bâtir son projet, l’auteur est parti faire les poubelles d’obscurs laboratoires. Il a fini par y dénicher des études qui tendent à rejeter l’idée largement admise de l’affolement programmé des thermomètres. A travers une histoire sensationnaliste abondamment annotée, Michael Crichton voudrait nous convaincre du mensonge des climatologues, cautionnant in fine le refus de George Bush d’appliquer les accords de Kyoto. Il appâte le gogo européen en étalant fièrement ses chiffres de vente outre-atlantique :  déjà 1,5 million d’exemplaires écoulés dans le pays le plus pollueur de la planète (bientôt rattrapé par la Chine dans cette course sinistre).

Toutes les sensibilités sont dans la nature. Il est permis de douter de tout - y compris de la manière dont les médias traitent l'environnement. L’interrogation est souvent preuve de sagesse, et parfois source de progrès. Mais jouer la carte d'une dédramatisation outrancière sur des sujets aussi graves (le péril du monde) relève d’une provocation d’autant plus funeste qu’elle va permettre à un homme de s’en mettre plein les fouilles au moment où les populations indigènes d’Afrique orientale souffrent et meurent d’une sécheresse sans précédent. Surtout, instiller le trouble et la méfiance à si grande échelle risque de démobiliser les masses alors que la Terre a besoin d’un sursaut fondamental des consciences pour être sauvée des mille maux qui la rongent. Il n’est d’ailleurs nul besoin de héler les scientifiques ou de lancer des ordinateurs à l’assaut de modélisations byzantines. Le problème se constate sur le terrain. Il suffit de prendre la peine de regarder la Nature pour déplorer que, sous nos latitudes, les champignons ne poussent plus en automne ou que les mares restent à sec au printemps. Réchauffement climatique ou pas, d’origine humaine ou cyclique, peu importe : la vie s'érode et se meurt, partout, et cryogénisé dans son jacuzzi doré, Michael Crichton ne risque pas de le voir.

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Commentaires
G
Qu'elle soit en train ou non de se réchauffer (après tout et au coeur de l'hiver, je reconnais à cet homme le droit à la contestation et à se tenir à contre-courant), on ne peut pas nier que la planète qui nous héberge va mal et que sa santé décline à vu de génération.<br /> Quel égoïsme et quel aveuglement !<br /> <br /> PS : j'aime bien l'argument marketing comme quoi il y aurait déjà 1,5 millions de lecteurs aux USA ; qu'est-ce que ça prouve à part qu'ils sont peut-être nombreux à s'être laissés avoir ? Est-ce que ça signifie surtout soyez sympas, ne leur laissez pas l'exclusivité du ridicule ?
R
Très belles contributions, chers amis. Je prends note de vos remarques pour les synthétiser plus tard dans d'autres billets. <br /> <br /> Demo, je reconnais là toute ta verve anti-dogme.<br /> <br /> La Vita Nuda, ton absence prolongée est tout à fait pardonnée. Ouf, n'est ce pas ? ;-)
L
Le monde sera triste sans rainettes !<br /> La "globalisation" qui pourrait être une source d'enrichissement tourne à une vaste farce politico-commerciale.<br /> Des espèces animales et végétales disparaissent, des équilibres naturels se transforment, des peuples et des langues disparaissent, des cultures s'uniformisent et pas toujours par le haut.<br /> Concernant l'environnement, je commence à entendre des histoires de cycle (sous entendu qui échappent à l'action de l'homme) qui au passage visent à amoindrire la portée de nos décisions et de nos comportements sur nos ressources vitales et les équilibres souvent subtils entre les écosystèmes, socio-systèmes et économico-systèmes.<br /> Pourtant, il est un fait que nous ne sommes maintenant plus dans une démarche de prévention, mais déjà en position d'amortir les chocs futurs qui nous attendent.<br /> Par rapport à cela, s'opposent les tenants d'une régulation des ressources et ceux qui attendent, espèrent des progrès technologiques définitifs qui nous sortiront de l'ornière.<br /> Mais pourquoi s'opposent ils, alors qu'au contraire ils devraient travailler ensemble ?<br /> Parce qu'il ne s'agit que de poudres aux yeux.<br /> Concernant ces fameux progrès technologiques, ils ne sont là que comme des conséquences auxquelles les industriels auront à faire face à un moment ou un autre, pour rester rentables et rien de plus.<br /> Autant dire que leur préoccupation en la matière sont particulièrement orientées et ciblées.<br /> Je n'ai pas entendu parler de grands projets internationaux, et d'investissements massifs destinés à ces avancées technologiques décisives, défendues par G.W.Bush et ses supporters.<br /> Je n'ai pas entendu parler de plans et de démarches volontaires encourageant financièrement l'industrie à effectuer de telles recherches.<br /> Je n'ai pas entendu parler d'initiatives visant à associer chercheurs et universités à effectuer des recherches dans cette voie là.<br /> <br /> Après la rainette, à nous le déluge.
D
Le fait que certain homme croient en un modèle, là où tout le monde est contre est-il nouveau?<br /> Cette oprobe jetée à tout va n'est elle pas le propre de bien de société humaine, qui cherche envers et contre a avoir des certitudes ... des certitudes réconfortantes, souvent dénuées de sens.<br /> l'un d'entre nous faisait le parrallèle avec Gallilée, et je trouve l'analogie tout à fait pertinente.<br /> Il avait tout de même vérifier par le biais d'expérience pas mal de choses évoquées dans ses modèles (et ceux d'autres personnes en butte à la "science" aristotienne).<br /> Mais les croyances, les dogmes, la science selon l'église ne pouvait que mettre en doute cela : reconnaitre que sa vision du monde était fausse est reconnaitre qu'elle ne détient pas la vérité...de là à ce que beaucoup de personne se détourne du catholicisme, engendrant uen perte significative de pouvoir et d'argent, il n'y a qu'un pas.<br /> A présent, nous pensons avoir l'esprit plus ouvert, mais c'est simplement que nos croyances sont plus complexes...nous avons cependant bien du mal à revenir sur nos convictions, surtout concernant ce domaine, qui implique tellement la manière dont on se projète, en tant qu'homme, sur terre.<br /> Qui sommes nous donc?
R
Euh, la rainette, ce n'était qu'un symbole, hein? Juste après elle, il y a tous les bébés qu'on fait...
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