les belles modes

(col des Fraisses, Treffort, Isère, le 22 oct. 05)
Si un jour vous arpentez le Cours Berriat à Grenoble, vous verrez peut-être cette enseigne : Les Belles Modes, écrit en lettres bleues et rondes, dans un style années 1960. Le rideau du magasin est baissé depuis plusieurs décennies et la devanture n’a jamais changé. D’ordinaire, les boutiques qui ferment sont transformées rapidement, on les voit rouvrir toutes neuves quelques mois après. Là, personne n’a même osé coller des affiches ou gribouiller sur le rideau de tôle rouillée. C’est comme si les gens savaient qu’un drame s’était joué derrière. On respecte le malheur. Et on en parle à mots couverts encore. C’était un couple qui vendait des étoffes et des vêtements. La boutique avait une belle réputation à travers la ville. Les affaires marchaient bien et puis un jour la dame est partie avec un client. Ce sont des choses qui arrivent, la vie est pleine d’imprévus. Mais le mari ne s’est pas remis de cette histoire. Il a fermé le magasin et fou de chagrin n’a jamais voulu le revendre. On l’a retrouvé mort un matin d’hiver dans ses étoffes mouillées de larmes.
Des centaines de milliers de personnes se pressent chaque année devant Les Belles Modes. Il y a un magasin de prêt-à-porter à droite, une boutique de lingerie à gauche et en ce moment, plein d’enfants en duffle-coat qui sourient à un Père Noël avec des baskets.
(en fait, il y a bien quelques tags sur le rideau, mais ils sont sombres et discrets, sans commune mesure avec les oeuvres qui fleurissent d'habitude sur ces supports)