forge de vulcain

(potentille sp, Col de Fraisse, Treffort, Isère, le 22 oct. 05)
Je croyais à quelque chose d’immense et d’infini, à quelque chose de comparable aux yeux bleu et or d’Hélène. Mais la vie se plante en nous, on ne sait trop comment. L’écharde minuscule n’est pas la terre australe qu’on avait cartographiée dans la magie de l’aube. Une vie s’insinue et se propage, sans contour et à notre corps défendant. Un jour le bonheur se fait beau, une autre fois il se fait la belle. Et passent les jours au praxinoscope, dans l’ombre et la lumière, dans l’ombre de la lumière, dans l’ombre de l’ombre. Et les ombres s’entassent, mouillées de vieux songes, comme feuilles au jardin. Un soir de fatigue on se souvient. Pour retrouver le printemps dans sa plénitude et sa fragilité, il faut peut-être commencer par en faire le deuil, sans espoir de retour. Rassembler ses automnes en épis broussailleux, faire gicler les gerbes sous le nœud de lin, verser dedans ses larmes brûlantes et regarder monter les flammes. C’est dans les mouvements tremblants du feu, sous sa langue elliptique et ses assauts imprévisibles que surgit alors un sentiment inespéré. Celui d’une vie libre, jubilatoire, fière. Vivante.