H5N1

(alouette sabota - Mirafra sabota, Pan Etosha, Namibie, le 9 août 03)
C’est le code de la peur. Au moment où le ciel tombe sur la tête de nos héros d'enfance, les oiseaux sont annoncés comme les bombardiers de la mort. Les semaines à venir nous diront si ces craintes étaient justifiées, ou plutôt à quel point, mais il est probable que la France sera prochainement touchée par la grippe aviaire. Le comportement migratoire de certaines espèces, notamment celles inféodées au milieu aquatique (palmipèdes, échassiers et limicoles), rend l’épidémie quasi inévitable. Pour l’instant, le mode de transmission du virus semble limité au contact des oiseaux. L’hypothèse d’une mutation du virus n’est cependant pas à exclure, d’après les autorités sanitaires. Elle pourrait alors faire de l’homme un redoutable vecteur de la maladie. Dans le cas funeste d’une hécatombe parmi la population humaine, quelle attitude adopterions-nous à l’égard des oiseaux ? Ces gracieuses créatures, inspiratrices des poètes ou messagères du printemps dans notre imaginaire collectif, va-t-on bientôt les vouer aux gémonies, les cribler de plomb sans relâche et s’en dégoûter comme les rats de la peste au Moyen-Age ? Et avec elles, ne risque-t-on pas de diaboliser tous ceux qui défendent l’écologie et prônent le rapprochement de l’homme et de la nature ? Les associations naturalistes ont du pain sur la planche. Elles seraient bien inspirées d’adopter sans tarder une stratégie de communication concertée, visant à calmer les ardeurs psychotiques autant qu’à préserver l’image de l’oiseau. Pour autant qu’un effort de communication ne les rebute plus. Car leur manière de gérer la « crise » du retour du loup a révélé bien des lacunes, au premier rang desquelles un manque évident d’empathie et d’écoute. La grippe aviaire est une aubaine aussi triste que salutaire pour amener les associations sur le terrain du dialogue et de l’ouverture. Un redéploiement vers le public, bien au-delà de leur pré carré d’adhérents, leur permettrait de gagner aussi du poids politique. Il est pour l’heure assez navrant de constater à peine 100 000 ornithologues amateurs en France, quand le Royaume-Uni en compte plus d’un million et demi.