8 mars 2005
blanche pointée

(bois des Layaz, depuis la fenêtre du bureau, Domène, Isère, le 5 mars 05)
J'ai connu des fins d'hiver triomphantes, avec les grivoiseries des merles trompetant dans les champs d'ail sauvage, des sauteries cocasses entre grenouilles grouillantes, des morilles en banderilles et des pervenches qui étoilaient les édredons regonflés des talus. Cette année, en guise de fête, des confettis soufflés par le froid et l'orchestre interminable du vent dans les tuyaux d'orgue à la morgue, ces cheminées toutes fumantes. L'aube givrée se mêle au silence, puis le silence au soupir, jusqu'à la fin du jour. Pinsons pas gais, passereaux à la ramasse, convois d'étourneaux se serrant l'aile, d'un blanc labour aux rives noires. Où est passée la tiédeur qui gorgeait les bourgeons des frênes ? Dans quel tortueux couloir s'attarde le lièvre ? Les fables s'ensommeillent aux fontaines glacées. Dans mes carnets intimes les bestiaires manquent de renaître. Se figent les pages et les lettres se retiennent, gagnées par la gerçure et l'amnésie. Je cherche un vieux refrain pour me réchauffer l'âme, la gueule de l'hiver me l'a pris. C'est une saison morte qui croque ses fruits.
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