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avant la lettre
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10 février 2005

distance de visibilité

(azuré de la bugrane, vers Valgorge, Ardèche, le 9 mai 03)

Replié, les yeux gonflés devant le café. Tout repose, silencieux. C'était encore un rêve. C'est étrange, les rêves. Ils vous emmènent parfois dans des couloirs dérobés, sur des chemins que vous ne pouvez pas emprunter le jour. L'autre nuit, je retrouvais mon grand-père. Il allait bien. Les joues rebondies, le cheveu gris soigneusement peigné, il plaisantait : « C'est bon, je vais sortir d'ici, je n'ai plus rien à y faire ». Une rencontre inattendue dans cet hôpital inondé de lumière (c'est vrai qu'il fait beau en ce moment) surplombant la ville, où j'étais entré pour un reportage sur le cancer. Les mots ne se pressaient pas vite à mon cœur, je tremblais juste un peu de surprise : « C'est formidable si tu reviens ! ». Il y avait du ciel qui passait sur ses lunettes. Ses yeux étaient les yeux de celui qui sait plein de choses. Et devant mon café qui refroidit, je songe aux tombes qui ont déjà balisé ma vie, sur lesquelles j'ai évité de me rendre parce que je crois au bonheur qu'on se donne. Le bonheur n'est pas dans l'ombre. Mon grand-père est dans la lumière.

(à Jibé)

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Commentaires
C
"Le bonheur n'est pas dans l'ombre" pas si aisé de raisonner ainsi, lorsque l'éclipse est là. Mais on sait que la clarté reviendra lorsque son cycle s'achèvera.
F
tres belle photo<br /> ainsi<br /> qu'un trés beau texte!<br /> bravo richard : j'suis ému!<br /> falo
B
Encore une note dans laquelle je me retrouve.<br /> Et m'apaise.
B
une envolée...<br /> des lumieres..<br /> une immense tristesse de realité. L'être n'est plus là...mais on aime encore et encore...il reste des tonnes de pensées qui pince le coeur. Prendre le temps de reconstruire les souvenirs qui ont roulé trop vite.<br /> Le paisible bonheur de l'existence ne se réalise qu'au bruit qu'il fait lorsqu'il claque la porte...... Dans l'absence, on installe une autre relation, celle de la lumiere comme tu dis si bien Richard.<br /> <br /> belle photo encore :)
A
O combien je comprends et que ce texte me touche. Grands-pères, grand-mère, oncles, que je ris de nos souvenirs, que parfois je pleure de mon manque de vous, mais comme je ne regrette pas de ne pas jouer les idéales fleurisseuses de tombeau.<br /> <br /> Vous êtes bien mieux là où je vous visite, dans mon coeur.
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