distance de visibilité

(azuré de la bugrane, vers Valgorge, Ardèche, le 9 mai 03)
Replié, les yeux gonflés devant le café. Tout repose, silencieux. C'était encore un rêve. C'est étrange, les rêves. Ils vous emmènent parfois dans des couloirs dérobés, sur des chemins que vous ne pouvez pas emprunter le jour. L'autre nuit, je retrouvais mon grand-père. Il allait bien. Les joues rebondies, le cheveu gris soigneusement peigné, il plaisantait : « C'est bon, je vais sortir d'ici, je n'ai plus rien à y faire ». Une rencontre inattendue dans cet hôpital inondé de lumière (c'est vrai qu'il fait beau en ce moment) surplombant la ville, où j'étais entré pour un reportage sur le cancer. Les mots ne se pressaient pas vite à mon cur, je tremblais juste un peu de surprise : « C'est formidable si tu reviens ! ». Il y avait du ciel qui passait sur ses lunettes. Ses yeux étaient les yeux de celui qui sait plein de choses. Et devant mon café qui refroidit, je songe aux tombes qui ont déjà balisé ma vie, sur lesquelles j'ai évité de me rendre parce que je crois au bonheur qu'on se donne. Le bonheur n'est pas dans l'ombre. Mon grand-père est dans la lumière.
(à Jibé)