la mascarade du mascaret

(plage de la Concha, San Sebastian, Espagne, le 29 déc. 2004)
D'ici, la mer est calme. Le froufrou folâtre du reflux n'inspire que langueur et fines de claire. On ne voit pas comment les flots ont pu dévaster tant de terres, emporter tant d'hommes. Et d'abord, pourquoi vivaient-ils si nombreux au bord de l'eau ? La montagne est bien plus sûre. On loue des chalets à Courchevel. Tout équipé (même d'une soubrette), à 70 000 euros la semaine.
La misère est toujours plus loin, plus floue dans notre imaginaire tronqué par l'abondance et le confort. Que penser de la sincérité des élans solidaires formés autour du désastre, quand nous commerçons avec la Chine, des baskets made in Bangladesh aux pieds ? Si seulement ces initiatives charitables pouvaient précéder une organisation durable de la justice mondiale ! Car soulager une misère aussi médiatique ne sera pas une solution suffisante au problème de la grande pauvreté, qui tue des millions d'enfants chaque année à l'ombre des dunes ou dans l'enfer suburbain. Ces milliards d'euros d'aide avec lesquels les plus riches plastronnent resteront une goutte d'eau dans l'océan du malheur terrestre. Comme ces briques ne sauront endiguer les forces de la Nature, qui tient, nous l'oublions si souvent, l'ultime destinée de l'homme.
« Il y aura toujours par le monde quelque chien perdu qui m'empêchera d'être heureuse » (La Sauvage, Jean Anouilh)