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3 novembre 2004

du vent entre les étoiles

Les falbalas des grands hêtres se déchirent dans la brume glacée. Automne indécent et tentateur, qui serpente au vent d'Est. Nulle bourrasque pour chasser l'autre, nulle averse plus amère que cette invariable pluie d'automne, qui décharne la terre et cloque au marais. Les massettes s'émiettent et plus haut les conifères préparent le givre à leurs aiguilles. Te souviens-tu de la dilection des hirondelles six mois plus tôt ? Elles montaient vers le ciel, la rémige guillerette et le bec fendu aux mouches, dans l'air tiède et les odeurs piquantes du bonheur. Rappelle-toi, George, ce n'est pas si vieux, le printemps. Il n'y a eu depuis que quelques dizaines de milliers de civils tués en Perse, à peine quelques milliers de pauvres de plus dans ton pays. Tu portais une chemisette bleu campanule en coton piqué, la même qu'Alain Madelin en 1986 je crois. Tu saluais Dieu depuis les avions qui te balançaient au-dessus du monde, soufflais la peur aux gens faibles pour mieux leur vendre un discours protecteur ensuite. Tu ne t'en souviens pas, George ? Je ne sais quelle saute d'humeur te fit chercher querelle aux anges. On dirait qu'ils t'ont abandonné ce matin. Reagan est mort un gros trou dans son stetson, la dame de fer Margaret Thatcher rouille jusque dans ses ultimes synapses, et toi, dernier de cordée néo-libérale, comment finis-tu ? Ton regard oblique sur les grands hêtres n'interroge pas la feuillée incertaine. Tes prunelles ne se plissent pas dans la caresse tenace du vent du levant. Frappé par le syndrome des grands chefs, disent tes proches. La malédiction des cow-boys, ricane-t-on à Paris. Imprimé d'absence, ton visage ne s'enquérit pas même des misères du Darfour (on t'expliquera une autre fois où c'est). L'odeur de la cave, ta narine en frémit-elle au moins ? N'y cherche pas du pétrole, la Chine a acheté les derniers barils hier. Allez, viens Jojo, viens te promener au jardin. J'ai envie de te voir t'éloigner à pas lents dans l'allée forestière comme un vieux cerf blessé. Le grand arceau des sycomores te fera un joli paradis peint. Rouge sang.

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Commentaires
P
Ca pourrait etre encore pire : on pourrait etre obligés a ingurgiter des McDo contre notre gré.<br /> Bon je rigole, mais ca ne m'amuse qu'a moitié.<br /> <br /> Allez courage lézamis, on va s'en remettre. Moi je plains mes copains américains. Ceux que j'ai a mon boulot ne sont vraiment pas fiers, je vous le dis.
C
"la malédiction des cow-boys" ou du moins, ces mots m'ont reporté vers les années de mon enfance, où, devant la télé (chère télé de l'époque à une puis deux chaînes) j'ai revu des images, symboles de ce que représentait alors l'Amérique en mon regard d'enfant : les westerns, des séries cultes (les mystères de l'ouest d'alors, rintintin), les acteurs mythiques, les 1er pas sur la lune, des musiques de Jazz et de blues, ses paysages fantastiques, magnifiques.Que j'appréciais ces voyages imagés, ces sons, voix aux textures si différentes des nôtres.<br /> <br /> Je pensais alors cette nation grande et forte, je la vois dans sa petitesse sécuritaire et sa malhonnêteté mercantile.<br /> <br /> Lorsque le mythe fait place à la réalité.
S
Une pensée pour les américains qui n'ont pas voulu ça, ceux qui ont lutté et milité contre Bush, parce que pour eux, ce sera difficile, c'est LEUR pays, et ils n'en ont pas "de rechange"...<br /> <br /> Alors je me sens solidaire de ces américains-là, je me dis qu'on a encore bien des combats à mener, chacun à sa place et dans son domaine, puisqu'on ne peut pas être sur tous les fronts...
L
C'est vraiment un beau texte.<br /> Tout ça est tellement déprimant. L'ours en peluche de mon enfance me manque d'un seul coup.<br /> Mais vivre, vivre encore et toujours.<br /> Ne jamais laisser les W dans l'impunité de leurs certitudes obtues.
J
Des plumes de flocons de nuages.
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