du vent entre les étoiles

Les falbalas des grands hêtres se déchirent dans la brume glacée. Automne indécent et tentateur, qui serpente au vent d'Est. Nulle bourrasque pour chasser l'autre, nulle averse plus amère que cette invariable pluie d'automne, qui décharne la terre et cloque au marais. Les massettes s'émiettent et plus haut les conifères préparent le givre à leurs aiguilles. Te souviens-tu de la dilection des hirondelles six mois plus tôt ? Elles montaient vers le ciel, la rémige guillerette et le bec fendu aux mouches, dans l'air tiède et les odeurs piquantes du bonheur. Rappelle-toi, George, ce n'est pas si vieux, le printemps. Il n'y a eu depuis que quelques dizaines de milliers de civils tués en Perse, à peine quelques milliers de pauvres de plus dans ton pays. Tu portais une chemisette bleu campanule en coton piqué, la même qu'Alain Madelin en 1986 je crois. Tu saluais Dieu depuis les avions qui te balançaient au-dessus du monde, soufflais la peur aux gens faibles pour mieux leur vendre un discours protecteur ensuite. Tu ne t'en souviens pas, George ? Je ne sais quelle saute d'humeur te fit chercher querelle aux anges. On dirait qu'ils t'ont abandonné ce matin. Reagan est mort un gros trou dans son stetson, la dame de fer Margaret Thatcher rouille jusque dans ses ultimes synapses, et toi, dernier de cordée néo-libérale, comment finis-tu ? Ton regard oblique sur les grands hêtres n'interroge pas la feuillée incertaine. Tes prunelles ne se plissent pas dans la caresse tenace du vent du levant. Frappé par le syndrome des grands chefs, disent tes proches. La malédiction des cow-boys, ricane-t-on à Paris. Imprimé d'absence, ton visage ne s'enquérit pas même des misères du Darfour (on t'expliquera une autre fois où c'est). L'odeur de la cave, ta narine en frémit-elle au moins ? N'y cherche pas du pétrole, la Chine a acheté les derniers barils hier. Allez, viens Jojo, viens te promener au jardin. J'ai envie de te voir t'éloigner à pas lents dans l'allée forestière comme un vieux cerf blessé. Le grand arceau des sycomores te fera un joli paradis peint. Rouge sang.