le loup est mort ce soir
Un loup a été tué hier au cur du parc naturel régional du Vercors. Il s'agit du premier animal d'un plan ministériel qui prévoit trois autres tirs. Cette barbarie autorisée sur une espèce protégée par des conventions internationales révèle une autre exception française : le crime politique. Comment peut-on interpréter autrement cette série d'abattages qui a pour seule ambition de calmer la fronde, pour le moins virulente, de certains bergers ? 2 500 loups en Espagne, et près de 600 en Italie n'ont jamais causé là-bas une telle inimitié des éleveurs. En France, une soixantaine d'animaux seulement ont réussi à exacerber une colère aussi injuste qu'irrationnelle. De quoi veut-on faire payer le loup ? Des attaques commises sur les troupeaux de brebis depuis sa réapparition dans les Alpes françaises en 1992. Le prédateur prélève moins de 1 500 bêtes par an, là où les maladies, le froid, la foudre et les chutes en tuent 50 000. L'application de mesures de prévention telles que la présence d'un aide-berger, les chiens de protection et les regroupements nocturnes a prouvé sa pleine efficacité dans les autres pays d'Europe. Les bergers français ne veulent pas en entendre parler malgré les subventions proposées aujourd'hui par l'Etat. Beaucoup d'entre eux, confrontés à des problèmes économiques et sanitaires sans précédent, ont trouvé dans le loup un bouc émissaire idéal. Incapable de courage et de cohérence, le gouvernement, qui agite pourtant le chiffon de la protection du loup, se range aussi du côté de l'extrémisme. L'ordre de tir d'animaux inoffensifs cautionne le non-droit. Il risque aussi de décourager les vrais gardiens de la nature, ceux qui avaient déjà fait l'effort d'adapter les conditions d'élevage à la présence du canidé. Hier animal de toutes les légendes, le loup continue de cristalliser toutes les peurs, toutes les misères.

Pratiquement tous les pays du globe, et notamment les pays développés, ont leur grand canidé sauvage, qu'il s'agisse du loup, du chacal (photo - Namibie, août 2003), du coyote ou du dingo. La France doit-elle être la honte du monde ?