avant la lettre

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20.02.06

beso

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(géopyxide des charbonnières - Geopyxis carbonaria, Pré du Mollard, la Combe de Lancey, Isère, le 7 juin 04)

C’est la Nature qui nous le dit : d’un brasier éteint renaît parfois le baiser. Un baiser de corail qui court sur la chair calcinée des vieux jours, et voilà le printemps qui s’annonce au coeur.

[En chaque baiser le monde tient - et se retire. Le baiser est la plage du monde, sa vague mourante, qui cède un peu de mousse et de sel aux goélands du désir. Bouches aux lèvres mouillantes, sanglantes, susurrantes, aspirantes, déchirantes : le baiser est une digression du langage, où la langue fait parfois diversion. Un baiser volé laisse une part d’incertitude émouvante : la douceur est entrée sous la peau par effraction. Le baiser est une béance, où se dérobe la représentation de l’autre, où surgit son mystère pantelant et assoiffé. Courez, baisers, au devant de l’amour, et ne le laissez pas forcément vous rattraper…]

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15.02.06

note à s'asseoir dessus

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(phacochère - Phacochoerus aethiopicus, Pan Etosha, Namibie, le 13 août. 03)

On n’aime pas les premiers, et ça se comprend. Le problème, quand on est devant tous les autres, c’est qu’on laisse l’arrière de soi à la vue du plus grand nombre. Forcément, dans le tas, y'en a qu'ça choque.

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09.02.06

remise de peine

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(Heliconius sp. - Cartago, Costa Rica, le 18 août 04)

Une indifférence polie à mes attentions d’abord, le refus obstiné de répondre à mes sourires ensuite, la distance coûte que coûte quand tout fut révélé.

Ne te fais pas d’idées, me disait-elle, me tuait-elle, et pourtant je renaissais, je revenais, toujours moins drôle, dans un entre-deux minable. Je me conformais à outrance au jeu de son détachement mais la nécessité vitale de lui rappeler mes ambitions d’être à elle modifiait soudain ma tactique.

L’expérience d’une vérité contre laquelle toutes les larmes, de rire ou de chagrin, ne peuvent rien confine à l’apprentissage de la mort. Jusqu’au matin où une main passe dans les cheveux, tandis que quelques gouttes de pluie commencent à tomber, tandis que les mots ne sortent plus.

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07.02.06

mise en boîte

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(Les Molinières, Domène, Isère, le 5 fev. 06)

Février n'a que vingt-huit jours. C'est insuffisant pour apprendre à l'aimer.

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05.02.06

trait pour trait

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(macaque à longue queue - macaca fascicularis , Kuala Selangor, Malaisie, le 30 juil. 05)

Rien n’a changé tout au fond. Mêmes révoltes, mêmes tourments, mêmes désirs qu’à l’aube des dix-sept ans. Ce sont les manières de dire et de laisser paraître, l’enveloppe des mots et toute cette force de dissimulation fourbie à l’acide des larmes qui font la différence. Malgré les dérivations et les dissonances, les chemins dérobés et les fuites imposées, nous restons fidèles au point et à l’idée qui nous ont animés dès que le regard s’est ouvert au monde. Vivre est une idée acceptable tant qu’il est permis de retrouver la sensation de soi-même dans ses jouissances, ses rires et ses souffrances, au moins de temps en temps. Tant que coule sur la vitre des jours la petite musique intime de son sang, indicible pour quiconque, et peut-être, qui sait, la même pour tous.

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24.01.06

Claire Chazal ne sait pas ce qu'elle raconte

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(musée Dali, Figueras, Espagne, le 30 déc. 05)

La madone de cire du JT du week-end de TF1 a une nouvelle fois démontré tout son professionnalisme dimanche soir grâce à son impeccable chemisier blanc et son regard impassible, qui inspirent immanquablement l’objectivité et la justesse, à défaut de les prouver. Si les journalistes les mieux payés étaient les plus compétents, ça se saurait. Pour présenter un reportage sur le gypaète barbu, un magnifique oiseau rare et menacé, la madame lit sur son prompteur, je cite ouvrez les guillemets, « un rapace impitoyable qui s’acharne sur ses proies ». Tremblez, Français !

J'oserai rappeler que le gypaète est un oiseau absolument inoffensif. Les Espagnols qui l’ont observé au-dessus des Pyrénées aragonaises l’ont surnommé affectueusement le «Quebrantahuesos», littéralement le casseur d’os. Il vient, après ses congénères les vautours fauves, terminer les restes osseux d’un mouton ou d’un isard tué accidentellement dans l’hostile montagne. Ce n’est qu’en période de pénurie qu’il s’attaque à des petits mammifères et à des insectes. Son comportement alimentaire fait de lui un éboueur ultime de la Nature.

Mais TF1 et Claire Chazal ont changé le scénario. Ils ont préféré transformer le rapace en monstre sanguinaire. Peut-être pour préparer les téléspectateurs (selon l’expression chère à Patrick Le Lay, PDG de la chaîne) au film qui allait suivre, une énième série B atroce avec Bruce Willis, le prétendant au titre du meilleur Chuck Norris chauve ? Abreuver dix millions de Français à l’histoire naturelle façon TF1, ça vous file des frissons dignes de Poltergeist ou Razorback Avant le film du dimanche soir, c’est déjà le film. Et après les loups qui attaquent l’homme et les ours mangeurs de bébés, voici les oiseaux d’Hitchcock remake CC.

On sait depuis longtemps que la télé privée n’est pas un vecteur de culture très performant, elle confirme, Claire Chazal après Claire Chazal, siècle après siècle, qu’elle est au moins un excellent témoin de la bêtise ambiante. Et à l’heure où des milliers de journalistes crèvent la faim en France (on le dit peu) et veulent travailler consciencieusement, on se rassure de voir que certains sont super méga bien payés à balancer des balivernes. Ca compense.

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26.12.05

angine de poitrine (un coeur en hiver)

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(rougegorge familier - Erithacus rubecula, Montvendre, Drôme, le 25 dec. 05)

Une vie ne laisserait guère plus de traces que des suçons autour du cou.

Les oiseaux nous promettent le contraire. Le coeur en écharpe, le rougegorge continue de chanter à mi-voix la nostalgie acidulée des jours d'amour. Il faut croire à la nostalgie. Elle nous accompagnera comme un chien fidèle jusqu'aux prochains printemps.

(le rougegorge est l'une des très rares espèces d'oiseaux d'Europe à chanter pratiquement toute l'année. Celui-ci nous a observés derrière la vitre durant tout notre repas de Noël.)

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16.12.05

pharillon

clitoridienne
(Phanaeopsis sp., Cameron Highlands, Malaisie, le 31 juil. 05)


Perle d’astre sertie à l’interstice mellifère, qu’ondoyant l’index époussette et ose, joyau que le désir couronne à l’hémistiche de tes strophes en rose, grelot à l’avant-garde de frissons moins froids, lamparo à ta proue pour ma pourpre lamproie : toute œuvre de la Nature est langage à sa source et les orchidées coulent le langage de l'amour.

(le pharillon est un petit réchaud suspendu à l'avant d'un bateau de pêche pour attirer le poisson)

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05.12.05

je t'ai aimée, un peu, beaucoup...

perle_de_petales
(Les Granges du Replat, Theys, Isère, le 5 nov. 05)

Le langage est la mémoire du monde. Il garde en lui tout ce que l’humanité a créé, commis, enfanté. La Nature est notre langage commun. Elle représente toutes les larmes du monde, et tous les sourires infusés à travers elles. Couper les fleurs reviendrait à nous couper de nos souvenirs. Et sans la voix du passé, il ne nous reste plus que le feu pour parler d’avenir.

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29.11.05

pas sage, sous tes reins

hemidactyles
(hémidactyles sp., Kuala Selangor, Malaisie, le 29 juil. 05)

              L'épithète                            Les assises                        Je détiens                          Tu reluis
              Aiguisé                                 Pour le smart                  La version                        D'impatience
              Sous ta langue                   Pris de court                    Grand écrin                     S'il te play
              Sautille                                 M'amusent                       Des culbutes                    J'exécute
              T'es pompette                     Et des bises                      Et retiens                          Donc je suis
              Envapée                                Pour le fart                      Ma tension                       Où tu panses   
              Et je t'en                                Au secours                       Sur tes seins                    Une plaie
              Tortille.                                 J'en use.                             Que j'ausculte.                Que j'impute.

(juin 1991 - Clermont-Ferrand)

Posté par Richard G à 00:22 - rouge - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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