avant la lettre

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11.11.04

transposition d'une note

    L'attention n'est pas le fait d'un sujet passif qui s'offrirait sans préparation à tous les stimuli de l'univers. Pour faire attention à un objet, il faut être prévenu. Il faut s'attendre à le rencontrer. Faire attention, c'est anticiper sur un événement à venir, utiliser les souvenirs et l'expérience, mobiliser ses ressources pour accueillir l'événement.   Je ne m'attendais pas à rencontrer ce gecko exotique sous la pluie de minuit. Le chant flûté qui émergeait des herbes, mêlé au crépitement des gouttes,... [Lire la suite]
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09.11.04

qu'importe le flocon...

La météo annonce la première offensive de la neige pour la nuit prochaine. Une dernière fois, la proue noire des cimes s’avançait ce matin au-dessus de la plaine, fendant les brumes. Elles seront demain brise-glace. Pour l’heure, c’est l’attente. La lumière décline et jaunit, il rôde une ambiance roide et le silence plie les ombres lentes. Le froid n’attendra pas la dernière chute des feuilles, il n’a que faire des vives dorures à la ramée des chênes. Les baies vermeilles de l’églantier ne freineront pas ses élans, ni les perles... [Lire la suite]
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07.11.04

cette pensée qui ne vient pas

Dans son dernier ouvrage Ce Monde Qui Vient, l'économiste libéral de gauche Alain Minc semble vouloir dissocier les destins de l'humanité et de la nature. Dans une violente diatribe contre José Bové (pour lequel je n'ai moi-même guère de sympathie), l'essayiste interprète le goût de la nature comme symptomatique du manque de confiance de l'homme en lui-même. D'une chiquenaude, il condamne la passion des forêts au même titre que la croisade anti-OGM ou la peur du nucléaire, motivées selon lui par une identique pulsion de peur face au... [Lire la suite]
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05.11.04

passez muscade

Nous ne retrouvons jamais le passé tel que nous l'avons vécu. Notre évocation est déformée par ce que nous sommes devenus et nos souvenirs évoluent avec nous-mêmes. La nostalgie est au choix un exercice esthétique du présent ou une distraction sensuelle, elle n'est jamais un retour au passé et les gens qui rapportent l'Histoire racontent bien des histoires. Conjurer l'irréversibilité des aiguilles, en passant de l'heure d'été à celle d'hiver par exemple, revient à retourner un sablier avec notre poussière dedans.
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03.11.04

du vent entre les étoiles

Les falbalas des grands hêtres se déchirent dans la brume glacée. Automne indécent et tentateur, qui serpente au vent d'Est. Nulle bourrasque pour chasser l'autre, nulle averse plus amère que cette invariable pluie d'automne, qui décharne la terre et cloque au marais. Les massettes s'émiettent et plus haut les conifères préparent le givre à leurs aiguilles. Te souviens-tu de la dilection des hirondelles six mois plus tôt ? Elles montaient vers le ciel, la rémige guillerette et le bec fendu aux mouches, dans l'air tiède et les... [Lire la suite]
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02.11.04

Halloween, c'est demain

Scream 4 ? Recalé. Jurassic Park 5 ? Pas mieux. Starship Troopers 3 ? Que nenni. Bush 2? Aaa(a...)h, mais qu'est-ce qu'on a mis dans le pop corn ? [rivetina baetica - massif des Albères, Vilaminiscle, S, 30/10/04]  
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28.10.04

sous l'automne, la page

Aérer, juste après l'aube, son petit moral dans les futaies rougeoyantes, promener sa mélancolie sous les rais embrumés de l'astre humide, confier ses peines indicibles aux limaces qui rongent les vieux lactaires, guetter la stridence maladive d'un dernier grillon. Ne rien perdre de l'heure ni des choses. Admettre sa solitude contre le tronc crevassé d'un sapin, respirer l'odeur forte de résine et d'humus mêlé. Se dire que tout ça existe encore, les touffes folles à l'anse des ruisseaux, les pépiements ténus des roitelets à la... [Lire la suite]
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26.10.04

ma dignité est dans l'arbre

Dernier produit des mécanismes aveugles de la chimie organique, simple résultat intermédiaire dans une chaîne ininterrompue de causes et d'effets, l'homme n'a pas plus de destinée que le cumulus déformé et ballotté par les vents. L'évolution l'a inscrit au bas d'une page, entre deux accolades qu'il s'est empressé de parapher. L'évolution ? Le souffle du hasard combiné au miracle des gènes. Enfin, d'après lui. L'évolution est notre regard perspectif sur un monde impossible à ressentir autrement que par l'expérience immédiate.... [Lire la suite]
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24.10.04

à l'ombre des jeunes filles en fleurs fanées

Souvent la possession éteint brusquement la passion. L'objet révèle sa médiocrité entre nos mains et la vanité de l'être apparaît. Heureusement, il y a l'automne, pour tout rendre fragile. Ce qui n'est bientôt plus nous touche au plus vif. La beauté de l'automne est une révélation confuse de la vérité de l'amour. Son art est l'expression d'une certaine idée de la passion, filante comme le premier baiser, et déjà déchue, comme l'ultime spasme de jouissance.
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22.10.04

le loup est mort ce soir

Un loup a été tué hier au cœur du parc naturel régional du Vercors. Il s'agit du premier animal d'un plan ministériel qui prévoit trois autres tirs. Cette barbarie autorisée sur une espèce protégée par des conventions internationales révèle une autre exception française : le crime politique. Comment peut-on interpréter autrement cette série d'abattages qui a pour seule ambition de calmer la fronde, pour le moins virulente, de certains bergers ? 2 500 loups en Espagne, et près de 600 en Italie n'ont jamais causé là-bas une... [Lire la suite]
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