avant la lettre

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15.03.05

liste pour le printemps qui vient

  (pousse de charme, Varacieux, Isère, le 10 nov.04) Des tourterelles, des fauvettes Des ritournelles à la sauvette Un rossignol qui hante la haie Des sycomores, des sycophantes Des cicindèles, des sittelles Des siestes Des sialis, des sisymbres Des sifflotis, des sifilets Des sirlis Désirs Des silènes enflés Des jours de tout augmentés Des accords de quinte diminuée Un braconnier sans gluau Un bûcheron sans cognée Un bétonneur sans truelle Des... [Lire la suite]
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11.03.05

une déontologie de l'émotion

(ténébrion du Namib, canyon de Sesriem, Namibie, le 29 juil. 03)   L'émotion est un loup au pelage profond qui se fouille à pleines mains. On creuse l'émotion, agenouillé tel un chercheur d'or, tel un mécréant converti à l'autel d'une femme. L'émotion se chuchote d'elle-même, se suçote à sa source, dans l'apesanteur et la ténuité. Elle n'est pas soutirée par les autres parce qu'elle vaut mieux que ça : on ne la troque pas, on ne l'échange pas puisque sa vérité est immatérielle par essence. Emouvoir n'est pas... [Lire la suite]
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28.01.05

à contre-saison

(liondent hispide, Montagut, Gérone, Espagne, le 30 mai 04)   J'attends les dimanches d'été. J'attends ces jours farcis d'ennui mou et ruisselants de sueur aigre pour regretter les semaines encombrées de l'hiver – comme celle qui s'achève. Je pense à ces heures interminables où la lumière afflue en flots bouillonnants, charriant des ombres imprécatrices sur le bitume calciné. Je pense à elles pour accepter les fragiles filets bleus du soleil qui s'excusaient tout à l'heure de frôler les étoffes épaisses. Ah !... [Lire la suite]
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17.01.05

éclairage à giorno

(Saint-Andéol, les Grandes Tartices, Isère, le 16 janv. 05) Elles ont jailli des litières à peines rouvertes, tout près des draps de neige. Elles signent la première défaite de l'hiver, ces primevères annoncées par l'orphéon précoce des grillons sylvestres et de la grive draine. Mille deux cents mètres d'altitude, précisément sous un buisson d'aubépine dont les drupes saignaient le ciel et les falaises. Certains hommes mélancoliques ne regardent pas les premières fleurs sans pleurer.  
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15.01.05

avant dissipation des brouillards matinaux

(Montvendre, Drôme, 24 janvier 2004) Il est des matins d’hiver plus lumineux, plus triomphants qu’un ciel d’été. Ces heures après l’aurore, quand les étincelles de givre patinent les trottoirs et les toits, avivent l’impression d’un monde renaissant. Tout ce que je regarde, je le connais pourtant par cœur. Mais ces formes, ces silhouettes débarrassées de leurs racines nocturnes exaltent un avenir à redécouvrir. Lavées des souillures des moteurs et des voix, vierges encore d’éclaboussures du soleil, les rues font des veines à... [Lire la suite]
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06.01.05

en bateau menés

(port de San Sebastian, détail, Espagne, le 1er janv. 2005)         Le harenguier langoureux harangue un langoustier : -         Chalut ! Je t'embarque ? -         T'es barge, tu me donnes déjà des vapeurs. Moralité : pour un bateau l'avoir, mieux vaut soigner son tangage.  
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14.12.04

mauvaise graine

  L'habitude serait de remplir n'importe quelle coquille vide d'un fruit, toujours le même. Chaque baiser aurait le goût de ce même fruit, l'amour son unique couleur. Chaque note deviendrait par conditionnement le signal de la suivante et l'on verrait peu à peu ici germer un champ remembré de colza d'égaux épis. La loi de l'effet portée en refrain, une mélodie cinétique qui exigerait de l'auditeur l'investissement des mutations de sa propre pensée pour entendre des contrepoints. Or, il n'y a rien de moins mécaniste que la... [Lire la suite]
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24.11.04

après la lettre

    Une samba triste et la clarté jaune d'un après-midi finissant. Elle m'a écrit cette lettre, ces longues pages. Je caresse son papier. J'ai pris la barque de ses mots, je me laisse couler à son encre.   « Nommer ses sensations pour les partager. Les dire comme les vit, les faire comprendre… Ou seulement les dire, les offrir. Presque en pâture ! Un cadeau dont on ne contrôle plus le dessein. Un cadeau, quoi. Dans son essence. C'est ça, un blog ? ».   Si le blog est un... [Lire la suite]
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21.11.04

palefrois en peinture

Un chenal, des chevaux. Chenonceaux renoncé. Dimanche d'automne à la ramasse, pâle et froid, en pâture. Où l'impatience abdique, où les abandons roussis de la nature sont sans vertige. Nostalgie impalpable sous la lumière oblique : les souvenirs n'ont même pas le goût de la poussière, ils délavent le ciel mansardé. Mais le cœur s'obstine.
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28.10.04

sous l'automne, la page

Aérer, juste après l'aube, son petit moral dans les futaies rougeoyantes, promener sa mélancolie sous les rais embrumés de l'astre humide, confier ses peines indicibles aux limaces qui rongent les vieux lactaires, guetter la stridence maladive d'un dernier grillon. Ne rien perdre de l'heure ni des choses. Admettre sa solitude contre le tronc crevassé d'un sapin, respirer l'odeur forte de résine et d'humus mêlé. Se dire que tout ça existe encore, les touffes folles à l'anse des ruisseaux, les pépiements ténus des roitelets à la... [Lire la suite]
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