avant la lettre

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19.01.05

dialogue de sourds

  (plage de la Zurriola, San Sebastian, Espagne, le 1er janv. 05)   Selon le principe de Doppler, un objet qui s'éloigne renvoie un écho plus grave que le son émis vers lui. Plus la vitesse d'éloignement s'élève, plus grande est la différence des longueurs d'onde. Plus loin nos barques divergeront, plus le chant des vagues ira lamento. Plus grave est le refrain, moins l'air peut l'amortir.   (La chauve-souris sait évaluer le décalage des longueurs d'onde à plus de 99 %. Réajustant constamment... [Lire la suite]
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10.01.05

des jaseurs sachant jaser

Ils sont arrivés sans crier gare, à l'heure où personne ne les attendait, ce jour comme il en existe peu dans le siècle. Les jaseurs boréaux ont investi par dizaines les plateaux du Vercors enneigé, chassés par quelle bourrasque de leur taïga natale. Ces magnifiques oiseaux originaires du nord de la Scandinavie et de la Sibérie envahissent irrégulièrement le nord et l'est de la France. Grands d'une vingtaine de centimètres, ventrus et finement huppés, ils arborent un plumage gris à reflets vieux rose tandis que leurs ailes... [Lire la suite]
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21.12.04

à quoi rit l'homme ?

Il rit à sa propre misère, celle que lui renvoie l’autre. La moquerie n’est que la célébration d’un sentiment très provisoire de supériorité qui surnage au beau milieu d’un océan de doutes. C’est ce que je sais de ce pauvre crabe au regard existentialiste, qui m’a tellement fait rire. Si tu m’écoutais, le crabe, je t’appellerais Jean-Paul et je murmurerais une chanson de Delerm sur l’onde de ta solitude : «  Mardi trois janvier, vingt heures vingt, dans un restaurant vietnamien. Sur les trottoirs, il neige un peu… Dans la... [Lire la suite]
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11.12.04

loin de la coupe au rêve

(fourmi sur linacée, Entraigues, Ardèche, 11 mai 2003)Mes chances de survie au-delà de la moitié de ce siècle sont minces, je voudrais pourtant y être, tout au bout et au-delà, pour voir comment nous aurons traversé les cascades de défis qui nous menacent. Nous n'aurons jamais été plus fascinants ni le monde plus riche d'enseignements qu'en ces jours où le sort de la planète oscille. Jamais ces chaos éclatés, ces chocs rampants, ces spectacles politiques et les vaines spéculations qui s'en nourrissent n'auront apporté un ... [Lire la suite]
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07.12.04

nous ne sommes pas seuls

Dans les mugissements des bus bondés d’éberlués passent les bambins boutonnés sous leurs cartables immenses, séraphiques séminaristes courbés sous la croix de l’Education nationale, convergeant vers la tablée néo-laïque des connaissances. Huit heures moins vingt, la rue s’encombre de voitures remplies d’enfants et de demi-familles repues de lait, de café et de sommeil mal dénoué. Dépêche-toi Arthur, maman n’a pas qu’ça à faire ! Jessica, mets tes pieds comme il faut ! De l’intimité de soi à l’abandon aux autres, il y a... [Lire la suite]
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28.11.04

un coup de paix dans l'eau

  Les mares, en tous lieux du globe, abritent une vie foisonnante. En Afrique australe, elles sont le point de ralliement de la plupart des espèces de mammifères, qui viennent ici en troupes, en communautés, pour se désaltérer et se baigner. Il y a une chose qui frappe lorsqu'on examine le comportement des animaux dans ces précaires espaces sociaux : leur discipline, qu'on pourrait assimiler à un sens inné du respect. Les individus restent rassemblés par espèces, s'observent entre eux et partagent la mare en toute... [Lire la suite]
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07.11.04

cette pensée qui ne vient pas

Dans son dernier ouvrage Ce Monde Qui Vient, l'économiste libéral de gauche Alain Minc semble vouloir dissocier les destins de l'humanité et de la nature. Dans une violente diatribe contre José Bové (pour lequel je n'ai moi-même guère de sympathie), l'essayiste interprète le goût de la nature comme symptomatique du manque de confiance de l'homme en lui-même. D'une chiquenaude, il condamne la passion des forêts au même titre que la croisade anti-OGM ou la peur du nucléaire, motivées selon lui par une identique pulsion de peur face au... [Lire la suite]
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24.10.04

à l'ombre des jeunes filles en fleurs fanées

Souvent la possession éteint brusquement la passion. L'objet révèle sa médiocrité entre nos mains et la vanité de l'être apparaît. Heureusement, il y a l'automne, pour tout rendre fragile. Ce qui n'est bientôt plus nous touche au plus vif. La beauté de l'automne est une révélation confuse de la vérité de l'amour. Son art est l'expression d'une certaine idée de la passion, filante comme le premier baiser, et déjà déchue, comme l'ultime spasme de jouissance.
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15.10.04

après la pluie

Un jaseran de pleurs au cou de l'aube. Ta nuit fut donc si triste? A la sertissure du prochain sourire, je taillerai ton topaze. J'épinglerai tes joies au fronteau d'octobre. Les ruisseaux gonflés de chagrin feront tes rivières... de diamant.
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