avant la lettre

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26.02.06

migration de printemps

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(Lumbin, Isère, le 26 fév. 06)

Avant La Lettre quitte son quartier natal et s'installe ICI (http://richardg.blogs.com/avantlalettre).

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14.02.06

sept ans de malheur

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(Freydières, Revel, Isère, le 11 fév. 06)

Les gens, parfois, sont des miroirs qui nous renvoient violemment ce que nous avions cru cesser d'être. Nous nous étions réconciliés avec nous-mêmes et nous voilà brouillés à nouveau, alourdis soudain d’anciens doutes, lestés de vieilles maladresses. Et alors le sol craque sous nos pas - comme la glace sous les circonvolutions du patineur.

La membrane est-elle donc à ce point ténue entre le présent qu’on pensait si fiable et le passé presque oublié ? Par quelle porosité secrète les deux chambres de nos vies poursuivent-elles leurs échanges ?

Et ces personnes-là, qui découvrent des pans de chairs affadis ou affaissés, de quel pouvoir sont-elles donc dotées ? On peut se demander si nous ne leur avons pas tendu nous-mêmes une baguette maléfique, pour qu’ils nous somment de restituer le blême éclat qui manque à la vérité de nos cristaux.

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16.01.06

chili con madre

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(musée Dali, Figueras, Espagne, le 30 déc. 05)

Voilà un événement qui va conforter la stratégie populiste de Nicolas Sarkozy. Michelle Bachelet, nouvelle présidente chilienne, a notamment gagné l’élection parce que son rival Sebastian Pinera n’a pas fait le plein à droite. Jugé trop modéré par les nostalgiques de l’ex-dictateur Pinochet, le candidat malheureux a été handicapé par un mauvais report de voix dans son camp. A bien comparer les discours de campagne, on s’aperçoit d’ailleurs que c’est Bachelet la socialiste qui parle d’ordre et de sécurité avec le plus de conviction, son rival s’étant concentré sur des arguments économiques. Rassembler à droite nécessite apparemment d’agiter le verbe gras et de répandre l’épouvante plus que de raison, ce que s’est bien gardé de faire Pinera. Honneur à lui. A son avantage, cette fille d’un général d’armée d’aviation s’est montrée offensive sur tous les grands sujets de politique intérieure, y compris sur l’environnement (parent pauvre des programmes menés en Amérique du Sud). Sans dérapage sémantique, quitte à verser régulièrement dans les clichés convenus d’un « je serai la présidente de tous les Chiliens ». Facile à dire quand son prédécesseur Ricardo Lagos, d’inspiration politique semblable, a surtout réussi à creuser les inégalités sociales. Le peuple chilien a en tous cas fait preuve d’audace et de modernité (sans modernisme) en portant une mère non mariée et agnostique à la tête d’un pays réputé machiste et largement catholique. L’envoyée spéciale de notre parti socialiste à nous, Ségolène Royal, a dû noter tout ça avec intérêt et beaucoup d’espoir. Faut-il encore que le PS français soit aussi audacieux et moderne que les Chiliens. A écouter les ricanements d’Emmanuelli et de Fabius sur la validité d’une candidate féminine à l’investiture présidentielle, on peut légitimement en douter…

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11.01.06

le ciel n'est plus très loin

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(domaine de Rochasson, Meylan, Isère, le 11 janv. 06)

Le front collé à la vitre, l’espoir qui lancine. L’amour des jardins, en hiver, ressemble à l’amour de la solitude.

Mais voilà que la brume se déchire comme une robe de papier. Cœur en-dessous.
La pureté du soleil fouille le temps, soulève un miracle éternel. Le peintre s’éveille. Et dans la molle et morte flexion végétale, quelques arbres imposent, sous la lumière restaurée, l’idée d’un jaillissement.

« Le plus petit des jardins reproduit moralement un territoire sans limites, étend sur l’univers entier son pouvoir transfigurateur. Il est une œuvre de foi, et le plus modeste des jardiniers fait, à lui seul, exister la nature aussi pleinement, aussi souverainement que le croyant le plus humble fait à lui seul exister Dieu. » (Les Sources, Pierre Gascar, Gallimard, 1975)

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10.01.06

pêcheur de rêves

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(Tasik Chini, Malaisie, le 12 août 05)

Enfant, j’ai passé des étés entiers immobile sous le soleil brûlant, assis entre les bateaux des ports. Mes rêves tenaient à un fil, noué au bout d’un roseau que j’agitais des heures durant comme une baguette magique au-dessus de la mer. Un bouchon de liège, trois hameçons de rechange, quelques poignées d’escargots blancs en guise d’appât et je m’en allais rêver toute la journée, le regard happé par le petit clapot. Rêves d’argent et d’arc-en-ciel, tous ces poissons scintillaient comme un trésor dans mes seaux en plastique, quand d’autres gamins du même âge les remplissaient de sable gris. En ce temps-là, la mer était généreuse. Sars, serrans, oblades, girelles, gobies, blennies, crénilabres ! J’aimais faire sonner la poésie de ces noms compliqués à chaque prise. Il y avait aussi la joie immense d’échapper à l’ennui et au brouhaha de la plage. Mes parents m’abandonnaient là entre deux barques amarrées, ils me retrouveraient le soir à la même place. La peau tannée, le regard pétri de joies ruisselantes comme les couleurs de mes seaux, les doigts empuantis par les escargots et les poissons macérés au soleil. L’odeur, cette sainte odeur, effrayait ma mère à chaque fois. Le parfum incrusté sous mes ongles longtemps après la douche me rassurait au contraire. Il était la trace, douce et complice, d’un sentiment que je n’avais même pas à nommer pour m’en délecter. Le sentiment du soleil et du rêve, une espèce rare d’infinie liberté. 

 

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23.12.05

some fantastic place

some_fantastic

She gave to me her tenderness
Her friendship and her love
I see her face from time to time
There in the sky above
We grew up learning as we went
What a voyage our life could be
It took us through a wilderness
Into the calmest sea.

Her smile could lift me from the pain
I often found within
She said some things I won’t forget
She made a few bells ring
So simple her humility
Her beauty found in grace
Today she lives another life
In some fantastic place.

She showed me how to raise a smile
Out of her bed of gloom
And in her garden sanctuary
A life began to bloom
She visualised a world ahead
And planned how it would be
She left behind the strongest love
That lives eternally.

I have the hope that when it’s time
For me to come her way
That she’ll be there to show me round
Whenever comes that day
Her love was life and happiness
And in her steps I trace
The way to live a better life
In some fantastic place...
(chris difford/glenn tilbrook)

à la mémoire de Suzanne D.

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15.12.05

les belles modes

belles_modes
(col des Fraisses, Treffort, Isère, le 22 oct. 05)

Si un jour vous arpentez le Cours Berriat à Grenoble, vous verrez peut-être cette enseigne : Les Belles Modes, écrit en lettres bleues et rondes, dans un style années 1960. Le rideau du magasin est baissé depuis plusieurs décennies et la devanture n’a jamais changé. D’ordinaire, les boutiques qui ferment sont transformées rapidement, on les voit rouvrir toutes neuves quelques mois après. Là, personne n’a même osé coller des affiches ou gribouiller sur le rideau de tôle rouillée. C’est comme si les gens savaient qu’un drame s’était joué derrière. On respecte le malheur. Et on en parle à mots couverts encore. C’était un couple qui vendait des étoffes et des vêtements. La boutique avait une belle réputation à travers la ville. Les affaires marchaient bien et puis un jour la dame est partie avec un client. Ce sont des choses qui arrivent, la vie est pleine d’imprévus. Mais le mari ne s’est pas remis de cette histoire. Il a fermé le magasin et fou de chagrin n’a jamais voulu le revendre. On l’a retrouvé mort un matin d’hiver dans ses étoffes mouillées de larmes.

Des centaines de milliers de personnes se pressent chaque année devant Les Belles Modes. Il y a un magasin de prêt-à-porter à droite, une boutique de lingerie à gauche et en ce moment, plein d’enfants en duffle-coat qui sourient à un Père Noël avec des baskets.

                                                                                                                                          (en fait, il y a bien quelques tags sur le rideau, mais ils sont sombres et discrets, sans commune mesure avec les oeuvres qui fleurissent d'habitude sur ces supports)

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09.12.05

après la fête

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( héron vert - Butorides striatus, Kuala Lumpur, Malaisie, le 22 août 05)

J’ai voulu voir à quoi ressemblait la nouvelle émission politique de France 2 ce jeudi soir. « A vous de juger », c’est son titre, avec quatre témoins de la rue pour donner de faux airs d’interactivité à un débat lisse et mou comme le brushing de Kouchner, cloisonné d’avance par des rigidités rhétoriques et encore bien trop de complaisance. La question de la soirée prêtait déjà au rictus crispé : « la gauche est-elle prête à gouverner ? ». Ce fut effectivement très nul dans la forme (« quelle note vous mettez au gouvernement actuel ? », « de quelle figure historique de gauche vous sentez-vous le plus proche ? ») et affligeant dans le fond. J’ai été particulièrement attristé par le salmigondis de vraies-fausses vérités jetées comme du poisson pas frais entre deux ministres de l’économie (un ancien et le dernier en date),  deux gamins qui se chapardent des billes à la récré. Sauf que ce n’étaient pas des billes, mais les boulons qui tombent un à un d’un avion avec 62 millions de passagers dedans. L’avenir de la France, ce n’est pas forcément faire semblant de s’entendre sur la couleur du képi de De Gaulle, pas plus que jouer sur les mots « privatisation » et « ouverture du capital » ne redonnera de l’espoir aux 80 % de jeunes actifs précarisés. Dans le demi-siècle qui vient, il y aura 2 milliards et demi d’humains en plus sur cette Terre. 90 % d’entre eux seront nés dans des pays en voie de développement, sur des territoires où déjà près d’1,5 milliard d’individus vivent avec moins d’un dollar par jour et sans accès à l’eau potable. Personne n’en a parlé. La gauche est-elle prête à gouverner ? C’est bon, j’ai ma réponse.

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04.11.05

plagiaire

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(playa del Silencio, Cudillero, Oviedo, Espagne, le 13 août 02)

Le bateau-taxi accosta. Un jeune couple grimpa à bord et je reconnus la fille presque aussitôt. Nous avions fréquenté les mêmes bancs de fac durant une année ou deux, sans jamais vraiment nous parler. C’était une grande et belle fille un peu sauvageonne, qui séchait volontiers les cours quand elle ne débarquait pas dans l’amphi  avec vingt minutes de retard. Myriam peut-être, ou Valérie. Je lui trouvais un charme mystérieux, une désinvolture un peu surjouée, comme une actrice qu’elle avait peut-être rêvé de devenir. Aux fréquentes froissures sous ses yeux le matin, aux coussins gercés de ses lèvres, je m’étais habitué à lui prêter des nuits agitées. C’est sûr, elle devait vivre des histoires d’amour passionnées, de préférence avec des hommes plus âgés qu’elle, peut-être des directeurs de communication ou bien des journalistes. J’aimais les blousons de cuir râpé qu’elle portait, j’aimais ses jeans et ses bottes noires qui forçaient son air rebelle et frondeur. Et je la retrouvais ici, à douze mille kilomètres de Grenoble, en pleine mer de Chine. Comme le monde est petit ! Petit, le monde et cruel, le temps. La fille que j’étais en train de dévisager depuis quelques secondes sur ce bateau perdu avait vingt ans à peine. Et voilà presque autant d’années que je n’avais plus revu ma secrète étudiante.

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19.10.05

il y a du monde au balcon (2)

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Posté par Richard G à 10:47 - bleu - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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