avant la lettre

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20.01.06

elles en-allées

libellule
(libellule non identifiée, Tasik Chini, Malaisie, le 13 août 05)

Elles passent le matin devant vous, elles vous frôlent et vous changez la cadence de vos pas. Elles ont posé un regard léger sur votre front, en chantonnant l’air de rien, en soulevant derrière elles un peu d’écume de rêve. Graciles, gracieuses, on les dirait amoureuses, à coup sûr, toujours, coulées dans le bonheur d’aimer. Leur sillage embaume un parfum d’été, on devinerait presque la moiteur des lits qu’elles n’ont pas faits. On voudrait les accompagner, porter un bout d’elles, prendre un geste, une voix, qui nous dirait que oui peut-être pourquoi pas, un café près du comptoir et on verra, dénouer des phrases timides sur leurs yeux comme des lacs ou des forêts, tout ce qu’elles auraient déjà entendu cent fois sans se lasser. Mais elles se pressent, vous avez hésité, ce serait trop hardi quand même, elles sont passées si vite, elles ne vous ont peut-être pas regardé finalement, et le bitume est gris et vide et le ciel un peu jaune.


(enregistré au dictaphone dans la voiture le 18 janv 06. Bande-son : Casa - Morelenbaum & Sakamoto)

Posté par Richard G le 20.01.06 - vert - Commentaires [21] - Permalien [#]

Commentaires

    Ah ben bravo ! Parce qu'à penser des choses comme ça et les dictaphoner, tu ne devais pas faire bien attention à la route, chuis sûre ! (mais diable qu'il me plait, ce texte).

    Posté par , le 20.01.06 à 09:48
  • Richard, je ne savais pas que les libellules avaient des yeux comme des lacs

    Posté par , le 20.01.06 à 10:49
  • de Jolies jeux de mots, sur une image qui en prend encore plus de beauté

    Posté par , le 20.01.06 à 12:00
  • Anne, euh, j'étais à l'arrêt :-'

    Nigri, ne t'a-t-on donc jamais appelé Libellule?

    Pims, merci. Bizarre que ton pseudo ne soit pas affiché. Je colle ici les références de ton blog http://atouthasard.canalblog.com/

    Posté par , le 20.01.06 à 12:10
  • C'est magnifique. Oui, c'est magnifique cette façon que tu as de parler des hirondelles. Mais pourquoi diable penses-tu aux hirondelles un 18 janvier ?? Tu as croisé un flic à vélo ?

    Posté par , le 20.01.06 à 12:13
  • Jibé, figure-toi que j'ai failli coller ici une photo d'hirondelle (et je parle bien du volatile). Toi alors...

    Posté par , le 20.01.06 à 12:16
  • Bizarre, effectivement...
    Merci de coller mes références bloguesques...

    Par contre, tu parles hirondelles ou libellules ???

    Posté par , le 20.01.06 à 13:34
  • soupir...comme tout cela est compliqué!!

    Posté par , le 20.01.06 à 14:04
  • Je trouve aussi demo

    Posté par , le 20.01.06 à 14:14
  • Hirondelle ! "Pourquoi pas libellule ou papillon?"
    à Jacques Prévert!!!

    Posté par , le 20.01.06 à 14:27
  • Houlala, j'ai pleins de retard ici !!!
    Et je m'en serais voulu de manquer cette libellule Malaisienne.

    En fait, quand je viens chez toi, c'est comme si j'ouvrais grand mes fenêtres pour aérer mon home sweet home et porter un autre regard sur la vie au dehors.

    Presque un blog "thérapeutique", hé hé hé !

    Posté par , le 20.01.06 à 16:33
  • Une demoiselle
    Hors citadelle
    Virevolte
    Sans révoltes

    Posté par , le 20.01.06 à 18:13
  • J'avais pensé aux dames du lac, mais le lac est gelé et ses berges désertes. Aux dames du bois, peut-être ? Mais leurs promenades les ont portées ailleurs et elles ne se soucient pas des promeneurs songeurs. Dans les villes, alors ? Celles qu'ont croisent en passant et qui, le temps d'un souffle, laissent dans leur sillage un vague regret d'autre chose. C'est vrai qu'elles sont toute de grâce et de légèreté, mais leur beauté s'appelle éphémère.

    Posté par , le 20.01.06 à 18:20
  • Ô libellule au regard de soie et aux quatre ailes, qui oserait te chasser de la main dans cette onde verte et si pure ?

    Posté par , le 20.01.06 à 20:30
  • Démo, Pim's : la vie serait donc plus simple? Et la timidité, vous en faites quoi ? Je parle demoiselle bien sûr, et Alma a bien compris

    LVN : Dans ce cas, bientôt ici un sponsor de la Sécu. Tu as raison, ça sentait un peu le renfermé dans ton salon

    Esrelle : évidemment. Je vais te désigner traductrice d'Avant La Lettre.

    Lyriann : Ben pas moi, la bestiole était quand même assez loin et il y avait une eau saumâtre entre nous...

    Posté par , le 20.01.06 à 23:44
  • J'ai l'impression d'entendre le froissement du silence entre le bitume et le ciel de ce matin d'été.
    Les femmes ont toujours quelqu'un pour les attendre .Elles ne se retournent jamais.

    Posté par , le 22.01.06 à 09:22
  • Anne est passée avant moi sur le mode fais quand même gaffe à la route !
    Finalement j'ai de la chance d'habiter Paris et l'aller au bureau en métro ...

    PS : j'ai enfin compris pourquoi on ne m'a jamais proposé un café près du comptoir (sauf par des potes, bien entendu)

    Posté par , le 22.01.06 à 20:10
  • ah les femmes
    vivement le printemps, qu'on puisse de nouveau sentir le parfum des belles inconnues qu'on croise dans la rue

    Posté par , le 24.01.06 à 09:50
  • Oser

    Mais il faudrait alors prendre le risque de casser le rêve...

    oser rattraper la marche d'une et lui demander d'arrêter sa course,
    oser croiser son regard et l'appuyer, au risque de n'y pas rencontrer celui que l'on cherche,
    oser entendre une voix dont le ton ne s'accordera pas avec la sienne,
    oser tenter l'aventure de la rencontre, au risque de s'y perdre, au risque de la perdre.
    oser se confronter à la réalité alors que le rêve d'une nous imprègne encore tout entier.

    "Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
    D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
    Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
    Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
    Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
    Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
    Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
    Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
    Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l'ignore.
    Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
    Comme ceux des aimés que la Vie exila.
    Son regard est pareil au regard des statues,
    Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
    L'inflexion des voix chères qui se sont tues."
    Paul Verlaine

    Ton texte m'a émue Richard.

    Posté par , le 24.01.06 à 21:21
  • Mamzelle Lili, c'est bien ce qu'il me semblait. Voilà pourquoi je ne les ai jamais rattrapées.

    Gilda, il faut essayer les rollers

    Pintel, tu vas nous faire un remake de Julio Iglesias si ça continue !

    Chrysalide, ému de t'émouvoir... Et merci pour Verlaine.

    Posté par , le 24.01.06 à 22:48
  • l'ame à nits?

    un grand bravo au créateur magique( et non pas majax!) de ce site qui je l'espère, continuera pendant longtemps à nous régaler de ses superbes photos et textes.

    Posté par , le 16.03.06 à 14:45

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