avant la lettre

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28.12.05

(o)ut

clef
(théâtre Coccinelle, Grenoble, le 19 déc. 05)

Entre le gris du ciel et le gris des rues, il n'y a rien à prendre ici. Trève de Pandore, je ferme le blog pour quelques jours. Remarquez que je laisse la clé sur la porte de l'armoire à rêves. A l'année prochaine, si tout va mieux bien.

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26.12.05

angine de poitrine (un coeur en hiver)

robin_des_jardins1
(rougegorge familier - Erithacus rubecula, Montvendre, Drôme, le 25 dec. 05)

Une vie ne laisserait guère plus de traces que des suçons autour du cou.

Les oiseaux nous promettent le contraire. Le coeur en écharpe, le rougegorge continue de chanter à mi-voix la nostalgie acidulée des jours d'amour. Il faut croire à la nostalgie. Elle nous accompagnera comme un chien fidèle jusqu'aux prochains printemps.

(le rougegorge est l'une des très rares espèces d'oiseaux d'Europe à chanter pratiquement toute l'année. Celui-ci nous a observés derrière la vitre durant tout notre repas de Noël.)

Posté par Richard G à 20:14 - rouge - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23.12.05

some fantastic place

some_fantastic

She gave to me her tenderness
Her friendship and her love
I see her face from time to time
There in the sky above
We grew up learning as we went
What a voyage our life could be
It took us through a wilderness
Into the calmest sea.

Her smile could lift me from the pain
I often found within
She said some things I won’t forget
She made a few bells ring
So simple her humility
Her beauty found in grace
Today she lives another life
In some fantastic place.

She showed me how to raise a smile
Out of her bed of gloom
And in her garden sanctuary
A life began to bloom
She visualised a world ahead
And planned how it would be
She left behind the strongest love
That lives eternally.

I have the hope that when it’s time
For me to come her way
That she’ll be there to show me round
Whenever comes that day
Her love was life and happiness
And in her steps I trace
The way to live a better life
In some fantastic place...
(chris difford/glenn tilbrook)

à la mémoire de Suzanne D.

Posté par Richard G à 20:06 - bleu - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19.12.05

sel de saturne

sousbois
(vers Freydières, Revel, Isère, le 26 nov. 05)

Des sauvages saveurs me reviennent dans les lueurs malades de l’hiver. Une piscine, un bout de mer, des pins, des fougères. Ma salive monte comme une marée qui cherche la grève. Elle a le goût du large. Il en faut, des fagots d’amours froides, pour réchauffer la chair étale des jours. Ma lèvre se souvient de quelques mots des romans qu’elle écrivait sur leurs peaux et j’entends encore les flots voraces qui nous emportaient, les cheveux, des chevaux, l’écheveau des ruades. Et ce sommeil qui nous prenait après l’aube, les corps foudroyés en plein vol ! Ce soir des nénuphars pliés comme des prières flottent sur le lit et le givre colle au palais. Le feu ne prendra pas. Des écumes de neige fleurissent à mes cils. Je vais vieillir sans chagrin.

Posté par Richard G à 22:49 - blanc - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16.12.05

pharillon

clitoridienne
(Phanaeopsis sp., Cameron Highlands, Malaisie, le 31 juil. 05)


Perle d’astre sertie à l’interstice mellifère, qu’ondoyant l’index époussette et ose, joyau que le désir couronne à l’hémistiche de tes strophes en rose, grelot à l’avant-garde de frissons moins froids, lamparo à ta proue pour ma pourpre lamproie : toute œuvre de la Nature est langage à sa source et les orchidées coulent le langage de l'amour.

(le pharillon est un petit réchaud suspendu à l'avant d'un bateau de pêche pour attirer le poisson)

Posté par Richard G à 16:29 - rouge - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15.12.05

les belles modes

belles_modes
(col des Fraisses, Treffort, Isère, le 22 oct. 05)

Si un jour vous arpentez le Cours Berriat à Grenoble, vous verrez peut-être cette enseigne : Les Belles Modes, écrit en lettres bleues et rondes, dans un style années 1960. Le rideau du magasin est baissé depuis plusieurs décennies et la devanture n’a jamais changé. D’ordinaire, les boutiques qui ferment sont transformées rapidement, on les voit rouvrir toutes neuves quelques mois après. Là, personne n’a même osé coller des affiches ou gribouiller sur le rideau de tôle rouillée. C’est comme si les gens savaient qu’un drame s’était joué derrière. On respecte le malheur. Et on en parle à mots couverts encore. C’était un couple qui vendait des étoffes et des vêtements. La boutique avait une belle réputation à travers la ville. Les affaires marchaient bien et puis un jour la dame est partie avec un client. Ce sont des choses qui arrivent, la vie est pleine d’imprévus. Mais le mari ne s’est pas remis de cette histoire. Il a fermé le magasin et fou de chagrin n’a jamais voulu le revendre. On l’a retrouvé mort un matin d’hiver dans ses étoffes mouillées de larmes.

Des centaines de milliers de personnes se pressent chaque année devant Les Belles Modes. Il y a un magasin de prêt-à-porter à droite, une boutique de lingerie à gauche et en ce moment, plein d’enfants en duffle-coat qui sourient à un Père Noël avec des baskets.

                                                                                                                                          (en fait, il y a bien quelques tags sur le rideau, mais ils sont sombres et discrets, sans commune mesure avec les oeuvres qui fleurissent d'habitude sur ces supports)

Posté par Richard G à 01:37 - bleu - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12.12.05

éburnéen

pan_etosha
(zèbres de Burchell, oryx gemsboks, springboks et gnous bleus, Pan Etosha, Namibie, le 11 août 03)

Il n’y a pas de matin ici, pas de midi ni de soir. Juste le soleil, à peine écorné par des nuits brutales et brèves. Ici, c’est la brûlure qui règne, la morsure immense et blanche d’un ciel sans merci ni partage. Dans ce désert de sel, la soif mine le sol et cimente la vie. Marcher plus loin, c’est marcher pour rien, c’est avancer dans le vide, un effort de trop. Alors on se rassemble, on prend l’ombre de son voisin, on bave avec lenteur les uns sur les autres. Attendre, c’est tout ce qui reste à faire, attendre d’un pesant repos l’ondulation d’un nuage, l’ébréchure du vent. Et croiser dans les yeux languissants l’espoir de ne pas s’effacer complètement.

Posté par Richard G à 23:02 - blanc - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11.12.05

tempus fugit

rue_de_neige
(Domène, Isère, le 29 nov. 05)

Courir après l'amour. Pendre leurs jambes à son cou.

Après l'amour, courir. Prendre ses jambes à son cou.

Posté par Richard G à 21:08 - les yeux d'Hélène G - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09.12.05

après la fête

heron_petipatapon
( héron vert - Butorides striatus, Kuala Lumpur, Malaisie, le 22 août 05)

J’ai voulu voir à quoi ressemblait la nouvelle émission politique de France 2 ce jeudi soir. « A vous de juger », c’est son titre, avec quatre témoins de la rue pour donner de faux airs d’interactivité à un débat lisse et mou comme le brushing de Kouchner, cloisonné d’avance par des rigidités rhétoriques et encore bien trop de complaisance. La question de la soirée prêtait déjà au rictus crispé : « la gauche est-elle prête à gouverner ? ». Ce fut effectivement très nul dans la forme (« quelle note vous mettez au gouvernement actuel ? », « de quelle figure historique de gauche vous sentez-vous le plus proche ? ») et affligeant dans le fond. J’ai été particulièrement attristé par le salmigondis de vraies-fausses vérités jetées comme du poisson pas frais entre deux ministres de l’économie (un ancien et le dernier en date),  deux gamins qui se chapardent des billes à la récré. Sauf que ce n’étaient pas des billes, mais les boulons qui tombent un à un d’un avion avec 62 millions de passagers dedans. L’avenir de la France, ce n’est pas forcément faire semblant de s’entendre sur la couleur du képi de De Gaulle, pas plus que jouer sur les mots « privatisation » et « ouverture du capital » ne redonnera de l’espoir aux 80 % de jeunes actifs précarisés. Dans le demi-siècle qui vient, il y aura 2 milliards et demi d’humains en plus sur cette Terre. 90 % d’entre eux seront nés dans des pays en voie de développement, sur des territoires où déjà près d’1,5 milliard d’individus vivent avec moins d’un dollar par jour et sans accès à l’eau potable. Personne n’en a parlé. La gauche est-elle prête à gouverner ? C’est bon, j’ai ma réponse.

Posté par Richard G à 01:02 - bleu - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05.12.05

je t'ai aimée, un peu, beaucoup...

perle_de_petales
(Les Granges du Replat, Theys, Isère, le 5 nov. 05)

Le langage est la mémoire du monde. Il garde en lui tout ce que l’humanité a créé, commis, enfanté. La Nature est notre langage commun. Elle représente toutes les larmes du monde, et tous les sourires infusés à travers elles. Couper les fleurs reviendrait à nous couper de nos souvenirs. Et sans la voix du passé, il ne nous reste plus que le feu pour parler d’avenir.

Posté par Richard G à 13:28 - rouge - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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