avant la lettre

[pages en regard]

15.12.05

les belles modes

belles_modes
(col des Fraisses, Treffort, Isère, le 22 oct. 05)

Si un jour vous arpentez le Cours Berriat à Grenoble, vous verrez peut-être cette enseigne : Les Belles Modes, écrit en lettres bleues et rondes, dans un style années 1960. Le rideau du magasin est baissé depuis plusieurs décennies et la devanture n’a jamais changé. D’ordinaire, les boutiques qui ferment sont transformées rapidement, on les voit rouvrir toutes neuves quelques mois après. Là, personne n’a même osé coller des affiches ou gribouiller sur le rideau de tôle rouillée. C’est comme si les gens savaient qu’un drame s’était joué derrière. On respecte le malheur. Et on en parle à mots couverts encore. C’était un couple qui vendait des étoffes et des vêtements. La boutique avait une belle réputation à travers la ville. Les affaires marchaient bien et puis un jour la dame est partie avec un client. Ce sont des choses qui arrivent, la vie est pleine d’imprévus. Mais le mari ne s’est pas remis de cette histoire. Il a fermé le magasin et fou de chagrin n’a jamais voulu le revendre. On l’a retrouvé mort un matin d’hiver dans ses étoffes mouillées de larmes.

Des centaines de milliers de personnes se pressent chaque année devant Les Belles Modes. Il y a un magasin de prêt-à-porter à droite, une boutique de lingerie à gauche et en ce moment, plein d’enfants en duffle-coat qui sourient à un Père Noël avec des baskets.

                                                                                                                                          (en fait, il y a bien quelques tags sur le rideau, mais ils sont sombres et discrets, sans commune mesure avec les oeuvres qui fleurissent d'habitude sur ces supports)

Posté par Richard G le 15.12.05 - bleu - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

    Les histoires d'amour finissent mal, en general

    Jolie photo on dirait une aile de libellule au milieu

    Posté par , le 15.12.05 à 09:31
  • l'amour est provoque tout de même pas mal de pulsion... de vie comme de mort, d'ailleurs.
    C'est assez déconcertant

    Posté par , le 15.12.05 à 11:02
  • Tristounette, l'histoire. Mais tellement fréquente, parait-il.
    Et la photo, c'est quoi ? L'oeuf d'Alien III ? Mais que fait Sigourney Weaver ??

    Posté par , le 15.12.05 à 23:16
  • Sigourney Weaver, je crois qu'elle compte encore les spectateurs à son balcon... (mouarf)

    Jibé, cette histoire "tellement fréquente paraît-il" m'a marqué parce que j'ai bossé huit mois juste en face. Mon bureau donnait sur cette devanture fermée. Et tous les jours en regardant le rideau baissé, je me faisais des films. Cela dit, je pensais que tu allais me trouver le nom de ce végétal hein... T'es pas botaniste toi ?

    Démo, oui. D'autant plus déconcertant qu'il manque toujours une corde au violon et une hanche au sexophone...

    Pintel, ton humour fait du bien à ce blog qui en a besoin. Merci.

    Posté par , le 15.12.05 à 23:29
  • Est-ce que c'est la vie qui est cruelle, ou ce que nous en faisons ?

    Posté par , le 15.12.05 à 23:34
  • C'est vraiment le blues, tous ces commentaires...!!! Richard, tu pourrais pas nous trouver un texte un peu plus gai ????

    Posté par , le 16.12.05 à 00:04
  • Un drame de province à la Mauriac ou Simenon, tristement amer avec plein de mystères en arrière-boutique. Il y a de quoi se faire des films. J'aime bien.

    Posté par , le 16.12.05 à 09:18
  • Dans le fond, ça tombe peut-être bien que je ne sois pas libraire.

    Posté par , le 16.12.05 à 12:41
  • Ce genre de drame est effectivement fréquent mais n'en est pas moins dur. Beaucoup de gens sont détruits par ce genre d'épreuve et ne peuvent pas se redresser. Ils deviennent dans le meilleur des cas ce que je nomme des "clochards de l'âme", c'est-à-dire des personnes ayant emploi et domicile mais se trouvant perdus à l'intérieur, passant toute leur vie à la dérive ; dans le pire des cas, ils meurent, comme ici.

    Surtout, Richard, il faut oser donner des textes comme ça, justement parce que c'est sinistre, amer, mais c'est la vie, c'est aussi ça, la nature que tu photographies, nous sommes nous aussi des animaux. En publiant des histoires comme celle-là, tu évites à ton blog de passer pour ce qu'il n'est absolument pas, un almanach plein de belles images. Tu fais comprendre au visiteur de passage qu'on n'est pas là pour rigoler.

    Cela étant, j'aime bien les almanachs et les belles images, ne nous méprenons pas. Je veux simplement dire que la blessure de cet homme -- et la tienne par la même occasion, puisque tu l'as ressentie, qu'elle t'a marqué -- est aussi une fleur vénéneuse.

    Posté par , le 16.12.05 à 14:29
  • Si ça se trouve, si elle était restée avec son mari, c'est la femme qui se serait suicidée...

    Posté par , le 18.12.05 à 20:07
  • "Au Bonheur Des Dames" !?

    Posté par , le 19.12.05 à 18:43

Poster un commentaire