30.11.05
marque-page

(Col des Fraisses, Treffort, Isère, le 22 oct.05)
Souvenons-nous des étoiles quand les fleurs périront. Et rappelons-nous qu'après la vie, nous n'aurons plus d'encre pour l'écrire.
29.11.05
pas sage, sous tes reins

(hémidactyles sp., Kuala Selangor, Malaisie, le 29 juil. 05)
L'épithète Les assises Je détiens Tu reluis
Aiguisé Pour le smart La version D'impatience
Sous ta langue Pris de court Grand écrin S'il te play
Sautille M'amusent Des culbutes J'exécute
T'es pompette Et des bises Et retiens Donc je suis
Envapée Pour le fart Ma tension Où tu panses
Et je t'en Au secours Sur tes seins Une plaie
Tortille. J'en use. Que j'ausculte. Que j'impute.
(juin 1991 - Clermont-Ferrand)
27.11.05
lustrage

(Freydières, Revel, Isère, le 26 nov. 05)
Les branches de la forêt font des persiennes à mes vieilles amours. Le souvenir de leurs joies traîne et poudroie dans les poussières sépulcrales de l’hiver. On voudrait les voir grains de soleil neuf, mais c'est une lune ensevelie sous la molle épaisseur du silence qui les éclaire. Les amours parties ne chuchotent rien, elles piquent à peine mon visage de leur dard glacé. Elles dansent au devant des pas comme un pollen infécond. La fleur s’appelle le Temps et ses pétales s’effondrent en paillettes au moindre souffle : un strass évanescent qu’aucun costume n’a jamais pu retenir.
25.11.05
l'auberge espagnole

(Cudillero, Asturies, Espagne, le 17 août 02)
Cette épicerie dans le village pittoresque de Cudillero, près de Gijon, est un blog avant la lettre. Pour montrer qu'il existe et pour défendre ses valeurs, le marchand a collé plein de petits mots sur sa devanture. Entre autres, qu'il fait son métier "avec art et amour, mais pas par amour de l'art". Un jour de blues, il avait aussi affiché : "Ici tout est à vendre... Même la boutique."
Par amour de l'art blogguien, j'ai consigné dans mes flux RSS de nouveaux sites particulièrement orientés Nature : ici, là, et aussi là, les photos suivent avec tendresse le calendrier des saisons. Elles soulignent l'intérêt croissant pour les petites bêtes et autres trésors de la vie vraie. Saluons les prouesses de ces deux équipiers, en pirogue et à la voile sur l'Amazone. De l'autre côté de la planète, le compte-rendu du séjour de LaVitaNuda à Bangkok était particulièrement bien vu. Enfin, je suis littéralement tombé sous l'émotion des textes et des images d'esrelle, nouvelle venue dans la blogosphère.
Et pour faire taire les rumeurs, non, Hélène G n'est ni ma soeur ni mon épouse. Je ne suis pas encore entré dans la vie de la pianiste amoureuse des loups. Son journal intime n'est plus disponible sur le Net mais son compagnon édite un photoblog... qui me donne une idée de voyage.
23.11.05
à la croisée

(civette de Malaisie - Viverra tangalunga, D'Lagoon, Pulau Kecil, Terengganu, Malaisie, le 20 août 05)
Il y a ces rencontres, impromptues et fugaces, qui font briller soudain tout l’or de la vie. Longtemps après, elles vous rappellent encore les choses et les valeurs dont on a pu se détourner. Croiser une civette dans la jungle d’Asie n’est pas très difficile, pour peu qu’on aime se laisser frôler par les mystères de la nuit. Qu’un animal de sa trempe, farouche et méfiant, résiste à la fuite tient d’un petit miracle. C’est le reflet vert de ses yeux dans la lampe qui trahit généralement sa présence. La paire d’amandes scintille entre deux touffes d’herbes et puis, très vite, la silhouette grimpe à l’assaut d’un gros arbre et disparaît dans le feuillage. Cette fois-là, l’animal avait pris la pose. Son regard était si puissant que je me suis demandé lequel de nous deux captura l’autre. A l’heure qu’il est, la civette a oublié mon flash. Elle a gagné : j’en suis toujours à questionner ses yeux.
22.11.05
ligature

(Les Granges du Replat, Theys, Isère, le 5 nov. 05)
C'était bien avant les mimosas et les citrons, après le ressassement des feuilles tombées. Aux confins du gris et du gris, quand le vent s'étale. Le bouvreuil pleurait sa trompette cassée. Et les ruisseaux se retenaient. "Ca sent la neige", soupirait ma grand-mère, ses cheveux de fumée. Un coeur captif de son sang givré, c'est beau à dire, c'est à mourir en vérité. On n'est jamais trop pressé quand on aime : les pierres s'en souviennent maintenant.
21.11.05
plus blog que Loïc, tu Meur
J'ai passé une partie de ce dernier week-end à feuilleter le livre de Loïc Le Meur (et Laurence Beauvais). Commencé à griffonner des notes un peu partout, signe qu’il y a dans cet ouvrage beaucoup de matière. C’est précis, concis, documenté, sans rhétorique ronflante, factuel. J’ai tenu à garder un œil candide, sans chercher à confronter l’exposé à ma propre expérience du blog. Particulièrement séduit par l’analyse de l’outil en tant qu’élément intégré à la stratégie marketing et à la communication interne de l’entreprise. Je participe à une table ronde le 6 décembre prochain sur les blogs à la CCI de Grenoble, j’y ferai bien sûr référence. Même si l’on n’est pas entrepreneur, le bouquin garde tout son intérêt, ne serait-ce que par l'universalité des conseils qu’il propose pour amender son blog, sur le fond et sur la forme. Si je voulais être un peu critique, j’émettrais deux petits bémols. D'abord, il manque une approche sociologique plus fouillée du phénomène (et donc une typologie plus fine des blogs), mais on peut comprendre que ce n’est pas l’angle du bouquin. La deuxième critique est purement formelle. Les premiers chapitres sont émaillés de pas mal de fautes de frappe (une phrase qui se termine par tandis que., c’est dommage, on aurait aimé avoir la suite, et la suivante n’a pas de verbe), voire d’orthographe, et certaines formulations sont un peu à l’arrachée. Ce qui est autorisé sur les blogs (« soyons authentiques et faillibles ») est moins acceptable dans un livre qui restera de toutes façons, de par son contenu et sa valeur prospective, comme une bible du blogging.
18.11.05
au vent, là, l'être

(enfants sur les rives du Tasik Chini, Pahang, Malaisie, le 13 août 05)
Je rêve parfois de dilution, d’effacement. D’une dune où mon existence matérialisée en le grain le plus infime s’enfoncerait sans le moindre craquement. Longue semaine arc-boutée sur des dossiers particulièrement sensibles, endolorie par un claquage à la cuisse, stressée par une proposition de collaboration télévisuelle, frôlée par des sommeils instables. Une de ces semaines encrouées dans les frondaisons d’heures à n’en plus finir, heures et jours m’extirpant nécessairement de la gangue à blogs (pardon à tous ceux que je n’ai pas encore lus cette semaine). Une fissure, en ce week-end que les oracles prévoient aussi froid qu'éclairé, laissera monter l’eau des sources intimes. Flots de délivrance pour me prendre et me déposer ailleurs, là où je pourrai crier au ciel et me gaver de lumière. Le monde est plus beau que le mot monde. Courons vite le leur dire !
16.11.05
tête à tête

(phacochères du Cap -Phacochoerus aethiopicus , Pan Etosha, Namibie, le 12 août 03)
"Entrée dans le petit salon, elle se dirigea vers la glace pour n'être plus seule. Oui, ce soir déjà, et tous les autres soirs il y aurait un demain avec lui. Devant la glace, elle fit une révérence à cette belle du seigneur, puis essaya des mines pour voir comment elle lui était apparue à la fin de cette nuit, imagina une fois de plus qu'elle était lui la regardant, fit l'implorante, puis tendit ses lèvres, s'en félicita. Pas mal, pas mal du tout." (...)
(Belle du Seigneur, Albert Cohen, Gallimard, 1968, pp.376)
14.11.05
étale

(marismas de Donana, vers Séville, Andalousie, Espagne, le 30 déc. 03)
Etre moral, c’est avant tout être lucide. Il y a une immoralité inconsciente due à l’habitude d’isoler et de hiérarchiser les problèmes qui pèsent sur notre devenir. Depuis trop longtemps les lumières font défaut aux hommes, plus que leur bonne volonté peut-être. Les vastes matins sur les deltas du monde ont pourtant de quoi éclairer l’idée selon laquelle les enjeux écologiques ne sont plus discernables de nos perspectives économiques et sociales, tout comme le ciel et l’eau se confondent.





