27.11.05
lustrage

(Freydières, Revel, Isère, le 26 nov. 05)
Les branches de la forêt font des persiennes à mes vieilles amours. Le souvenir de leurs joies traîne et poudroie dans les poussières sépulcrales de l’hiver. On voudrait les voir grains de soleil neuf, mais c'est une lune ensevelie sous la molle épaisseur du silence qui les éclaire. Les amours parties ne chuchotent rien, elles piquent à peine mon visage de leur dard glacé. Elles dansent au devant des pas comme un pollen infécond. La fleur s’appelle le Temps et ses pétales s’effondrent en paillettes au moindre souffle : un strass évanescent qu’aucun costume n’a jamais pu retenir.
Commentaires
Richard, les dards glacés dont tu parles m'ont piqué le visage toute la journée. Avec cet hiver qui commence, froid et dur, il n'y aura évidemment pas de renouveau fleuri avant belle lurette. Autant profiter de la neige pour suivre d'autres traces, en espérant qu'elles mènent à un vallon ensoleillé.
Jacques, pas de souci, je ne demande pas nécessairement de commentaires, j'ai moi-même énormément de mal à en laisser chez les autres. L'échange, principe du blogging, peut se faire aussi dans l'émotion tacite. Ton blog, que j'encourage vivement à lire (mais voeu pieu car il est protégé), ne me voit pas plus loquace, pour des raisons similaires !
comme toujours, on crois avoir rencontré l'"amour", si fugace, et pourtant tellement marquant.
fugace car on aime comme on vit : sans trop s'y attarder, passant rapidement à autre chose, tant cultiver l'amour est chose difficile.
On préfère croire que l'on peut le rencontrer, et goûter au plaisir des sens sans se poser de questions.
Marquant, car l'amour n'illusionne que celui qui en a envie, lui faisant croire, un bref instant, que sa solitude est enfin terminée.
Mais la solitude est là bien réelle, l'empire des sens existe toujours, attendant sa prochaine égérie... jeunes Venus callipyges (voir même aux stéatopyges), dont la simple vue provoquerait chez le mâle esseulé, ce sybarite, l'envie soudaine de rompre à tout prix ce profond acétisme, seyant si peu à leur âme...








Dans le désert abrupt et blanc de l'hiver , voltigent les notes rouillées des souvenirs.
Pour dire cela les mots sont bien peu de chose, et mes mains supportent à peine leurs doigts gelés .
Le scintillement des jours a soudain le goût salé de cette lumière mouillée.