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01.11.05

forge de vulcain

etamines_blog1
(potentille sp, Col de Fraisse, Treffort, Isère, le 22 oct. 05)

Je croyais à quelque chose d’immense et d’infini, à quelque chose de comparable aux yeux bleu et or d’Hélène. Mais la vie se plante en nous, on ne sait trop comment. L’écharde minuscule n’est pas la terre australe qu’on avait cartographiée dans la magie de l’aube. Une vie s’insinue et se propage, sans contour et à notre corps défendant. Un jour le bonheur se fait beau, une autre fois il se fait la belle. Et passent les jours au praxinoscope, dans l’ombre et la lumière, dans l’ombre de la lumière, dans l’ombre de l’ombre. Et les ombres s’entassent, mouillées de vieux songes, comme feuilles au jardin. Un soir de fatigue on se souvient. Pour retrouver le printemps dans sa plénitude et sa fragilité, il faut peut-être commencer par en faire le deuil, sans espoir de retour. Rassembler ses automnes en épis broussailleux, faire gicler les gerbes sous le nœud de lin, verser dedans ses larmes brûlantes et regarder monter les flammes. C’est dans les mouvements tremblants du feu, sous sa langue elliptique et ses assauts imprévisibles que surgit alors un sentiment inespéré. Celui d’une vie libre, jubilatoire, fière. Vivante.

Posté par Richard G le 01.11.05 - les yeux d'Hélène G - Commentaires [13] - Permalien [#]

Commentaires

    "Une vie libre, jubilatoire, fière. Vivante."

    C'est quand on se la fait rogner qu'on se rend compte à quel point elle est vitale, cette vie.

    Comment on fait pour arrêter de se la faire bouffer ? Je veux dire, pas avec des grands mots genre "prendre du recul", concrètement.

    Posté par , le 02.11.05 à 09:34
  • ...on brûle les souvenirs des saisons pour une nouvelle page blanche?
    et pas un mot d'amour qu'on puisse attendre d'eux..

    Posté par , le 02.11.05 à 10:09
  • qu'est ce qu'être libre? au fond, c'est une question qui n'amène que des réponses très subjectives.

    Posté par , le 02.11.05 à 11:36
  • Demo : la liberté ne saurait être autre que subjective parcequ'elle est un geste individuel.

    Posté par , le 02.11.05 à 13:06
  • Martine Layani --> certes oui, mais quand plusieurs volontés de libertés individuelles se rassemblent parce qu'elles se ressemblent, cela découle sur des choix de société et des orientations "arbitraires" : la loi du plus grand nombre est appliquée.
    Alors dans quelle mesure l'expression et l'application de notre liberté individuelle est-elle possible?

    Posté par , le 02.11.05 à 14:17
  • Ouille, Demo et Martine, je sens le débat glisser sur le rôle et la nécessité de la démocratie, du moins sur la validité d'un compromis social et citoyen. Non? On va refaire nos copies de philo des années bac, chouette ! En fait, j'ai écrit ce texte hier dans l'urgence, il faisait implicitement référence aux flammes qui éclairent actuellement les nuits (bleues) de nos banlieues.

    Posté par , le 02.11.05 à 17:11
  • Majestueuse, la fleur. Prise dans la nature ?

    Posté par , le 02.11.05 à 23:20
  • Alpha, oui, sans la cueillir (évidemment), ce qui a nécessité quelques courbettes, car elle très petite. Ses pétales étaient froissés, mais ses étamines encore toutes jaillissantes. Le bleu du fond a été traité en revanche en post-production.

    Posté par , le 02.11.05 à 23:31
  • - Où va la nature si toi aussi tu te mets à la post prod ?
    - A l'art, peut-être ?

    Posté par , le 02.11.05 à 23:44
  • Alpha : Oh, je suis juste coupable d'avoir "gouaché" et bleui le fond, pour que le feu naturel de la fleur brûle plus fort tes jolies prunelles L'idée m'était venue de créer une sorte de tableau, pour renforcer la touche nostalgique du texte (si tant est que...).

    Posté par , le 02.11.05 à 23:53
  • Demo :" cela découle sur des choix de société et des orientations "arbitraires" : la loi du plus grand nombre est appliquée." ? Mais je ne parle pas d'application ; je reste dans l'acceptation et le respect des individus. Ma vision n'a rien de politique ; elle serait plutôt artistique. Je ne crois malheureusement plus à une autre liberté individuelle "étendue" aux faits de société.

    Posté par , le 03.11.05 à 10:34
  • Le résultat est très réussi, dit-elle éblouie.

    Posté par , le 03.11.05 à 21:34
  • Je préfère croire que la vie réserve toujours de nouveaux printemps, tant inattendus, et jusqu'au bout, comme tout ce qui germe et grandit là où l'on a rien semé, dans cette terre qui au premier regard nous avait semblé si aride.

    Posté par , le 10.11.05 à 11:49

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