avant la lettre

[pages en regard]

17.10.05

définition du chagrin

(Meylan, Isère, le 17 oct. 05) La trace d'un envol mais sans les oiseaux, le bruit de l'eau mais sans bruit. Le goût de sa bouche, juste en souvenir.
Posté par Richard G à 21:01 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

14.10.05

voyageurs d'espérance

(sur le fleuve Selangor, vers Batang Berjungai, Malaisie, le 30 juil.05) Sur le revers de la lumière, frôlant mica, l'encre s'étale. L'ombre clapotée invente une sérénade, ode au ballet des lucioles sous le ciel usé. Une rame tremblée, comme un jour ancien qui dérive dans le courant pâteux des siècles. N'avons-nous pas toujours été là... La puissante haleine de l'eau gisante trouble l'effort, noie le souvenir. Et là un banc mou de boue pour attendre, apprendre la patience. Sur le fleuve paresseux, en un songe égaré, l'éternité... [Lire la suite]
Posté par Richard G à 14:24 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
13.10.05

open source

(souk de Rissani, Er-Rachidia, Maroc, le 12 avril 05) Décloisonner les disciplines et surmonter les clivages, fertiliser les champs de conscience les uns par les autres, trouver un langage compatible et s’attacher au plus petit dénominateur commun de la représentation des choses. (extrait de la rédaction, tôt ce matin, d’un papier sur un prochain festival pluridisciplinaire à Grenoble, spécialement destiné à rassembler des publics dissembables, chefs d’entreprises, scientifiques et gens de l’art)
Posté par Richard G à 13:39 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
12.10.05

autodafé (un coin au soleil)

(papillon inconnu près du Gunung Brinchang, Cameron Highlands, Perak, Malaisie, le 2 août 05) Rien de ce qui se passe dans la profondeur des forêts ne peut nous être indifférent. L'alphabet dessiné sur les ailes du papillon fait aussi partie de notre livre personnel. Quand les dernières jungles auront été éventrées, l'humain aura vidé son dernier sac de mots. Des pages blanches au gré du vent : c'est le coeur qui se battra contre le silence. La forêt tropicale a encore perdu près de 30 millions d'hectares l'an passé. En dix ans,... [Lire la suite]
Posté par Richard G à 01:18 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
10.10.05

original origami

(forêt des Ramiettes, Theys, Isère, le 8 oct. 05) Tu disais : "La beauté ne partage pas les eaux de la vie et de la mort. Elle est leur ligne d'horizon : la limite qui ouvre sur l'infini". Sur le cadran de la forêt, les aiguilles des conifères n’ont pas l’air de bouger. Arbres sans âge, lenteur de la sève. La forêt offre un jardin pour le ciel, hersé par la pointe immobile du temps. Il me semble qu’ici, l’espace est resté le même, l’espace du matin, intime et gonflé. Je parcours cette pente boisée depuis plus de... [Lire la suite]
Posté par Richard G à 21:20 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
09.10.05

zéro sur toute la ligne

(cabines publiques à Kuala Tahan, Pahang, Malaisie, le 8 août 05) Nos dirigeants vantent encore à qui veut les entendre le « dynamisme et le formidable potentiel des entreprises françaises ». Même si leur dithyrambe prête à sourire au regard de ce que chacun constate au quotidien, on ne peut pas leur en vouloir tout à fait de ce petit mensonge. Le rôle des hommes au pouvoir n’est pas de jeter de l’huile sur le feu, quand bien même la maison France sent le roussi. La méthode Coué a du bon en économie. Répéter que tout va bien et que... [Lire la suite]
Posté par Richard G à 13:09 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
05.10.05

feu de croisement

(dear father, Montvendre, Drôme, le 9 fév. 03) Je suis repassé rue Colbert hier soir. Cette rue existe moins par elle-même, semblable à toutes les rues qui débouchent sur le cours Jean-Jaurès, que par l’inflexion et le sens que lui donne la lueur du souvenir. Mes pas d’enfant me guidaient souvent ici le samedi après-midi. Mon grand-père y tenait un petit salon de coiffure, c’était là, le local n'a pas bougé. Papi me faisait asseoir sur une chaise en bois un peu raide tout près de la porte, j’attendais qu’il termine son travail en... [Lire la suite]
Posté par Richard G à 12:22 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
02.10.05

chant de contre-pente

(dune Elim, Sesriem, Namibie, le 30 juil.03) Le désert n’est pas le vide, le désert n'est pas la mort. C’est un musicien qui consigne les moindres remuements de l’existence en un ordonnancement harmonieux. Loin d’être immuable, il capte au contraire la texture de l’instant, roule entre ses doigts la fragilité du monde et restitue au vent sa longue plainte. Le souffle du ciel est son orchestre, le sable est son pupitre. Et les notes de sa partition sont nos pas, lourds et éphémères, jetés sans cesse dans le désarroi souverain.
Posté par Richard G à 22:41 - - Commentaires [13] - Permalien [#]