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21.10.05

H5N1

alouette1
(alouette sabota - Mirafra sabota, Pan Etosha, Namibie, le 9 août 03)

C’est le code de la peur. Au moment où le ciel tombe sur la tête de nos héros d'enfance, les oiseaux sont annoncés comme les bombardiers de la mort. Les semaines à venir nous diront si ces craintes étaient justifiées, ou plutôt à quel point, mais il est probable que la France sera prochainement touchée par la grippe aviaire. Le comportement migratoire de certaines espèces, notamment celles inféodées au milieu aquatique (palmipèdes, échassiers et limicoles), rend l’épidémie quasi inévitable. Pour l’instant, le mode de transmission du virus semble limité au contact des oiseaux. L’hypothèse d’une mutation du virus n’est cependant pas à exclure, d’après les autorités sanitaires. Elle pourrait alors faire de l’homme un redoutable vecteur de la maladie. Dans le cas funeste d’une hécatombe parmi la population humaine, quelle attitude adopterions-nous à l’égard des oiseaux ? Ces gracieuses créatures, inspiratrices des poètes ou messagères du printemps dans notre imaginaire collectif, va-t-on bientôt les vouer aux gémonies, les cribler de plomb sans relâche et s’en dégoûter comme les rats de la peste au Moyen-Age ? Et avec elles, ne risque-t-on pas de diaboliser tous ceux qui défendent l’écologie et prônent le rapprochement de l’homme et de la nature ? Les associations naturalistes ont du pain sur la planche. Elles seraient bien inspirées d’adopter sans tarder une stratégie de communication concertée, visant à calmer les ardeurs psychotiques autant qu’à préserver l’image de l’oiseau. Pour autant qu’un effort de communication ne les rebute plus. Car leur manière de gérer la « crise » du retour du loup a révélé bien des lacunes, au premier rang desquelles un manque évident d’empathie et d’écoute. La grippe aviaire est une aubaine aussi triste que salutaire pour amener les associations sur le terrain du dialogue et de l’ouverture. Un redéploiement vers le public, bien au-delà de leur pré carré d’adhérents, leur permettrait de gagner aussi du poids politique. Il est pour l’heure assez navrant de constater à peine 100 000 ornithologues amateurs en France, quand le Royaume-Uni en compte plus d’un million et demi.

Posté par Richard G le 21.10.05 - vert - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

    Tu as certainement raison.
    Une chose qui m'inquiète aussi :
    Le gouvernement et les autorités sanitaires ici ont décidé d'informer le public à l'avance, ce qui me paraît être une attitude plus responsable que celle... par exemple... du nuage Tchernobyl respectueux des frontières.
    Cette décision semble entraîner un phénomène d'inquiétude dont les médias se font de plus en plus l'écho.
    Mais c'est un réflexe Franco Français (ça se comprend un peu).
    Mais si j'ai bien tout suivi, les oiseaux sauvages potentiellement porteurs du virus ne viendront en France qu'au printemps. Leurs routes migratoires les amènent en effet cet hiver au dessus de l'europe centrale, puis de l'afrique Nord (Delta du Nil, Ethiopie, etc...).
    Quand on connaît la situation sanitaire et économique du continent Africain, les ravages du Sida et les conséquences d'un affaiblissement des défenses immunitaires devant un nouveau virus potentiellement mutagène, etc...
    Il apparaît clairement qu'à très court terme ce sont les Africains qui risquent de morfler le plus.
    Et de cela on ne parle presque pas.

    Posté par , le 21.10.05 à 12:03
  • LVN : Oui, comme d'habitude, ce sont les mêmes personnes qui restent aux avant-postes des fléaux.
    Les plus gros risques chez nous sont attendus au printemps. Cela dit, il faut craindre également les migrations d'Est en Ouest durant la saison maussade. Des hirondelles de Lituanie passent actuellement par chez nous avant de se rendre en Angola ou au Cameroun. D'autres espèces transitent actuellement par les Alpes : le bruant des roseaux, qui peut venir de Russie ou d'Estonie avant de se rendre en Espagne, la cigogne noire, de l'Allemagne de l'Est pour le Burkina Faso, et aussi les étourneaux, la grive mauvis, le sizerin flammé (qui vient carrément de Chine) et le canard siffleur, from Russia with love.

    Posté par , le 21.10.05 à 13:51
  • "les personnes infectées simultanément par des souches humaines et aviaires, servent de « creuset » pour l’apparition d’un nouveau sous-type ayant suffisamment de gènes provenant du virus humain pour avoir la possibilité de se transmettre facilement d’une personne à l’autre". C'est alors que la pandémie fait sont apparition.
    Tous les masques et autres anti viraux du monde suffiront ils à enrayer ce fléau? soyons bien sûre que non. Si jamais une telle chose arrivait, croyez bien qu'on aurait fort peu de temps à s'accorder sur le devenir des ornithologues de France. Ayons à l'esprit le cas de la grippe espagnole, qui fit tout de même la bagatelle de 50 million de morts entre 1918 et 1919.
    Si l'on prend en compte les moyens de transport actuels décuplés par rapport à cette époque, le risque de pandémie est réel, pour peu qu'on ne prenne pas assez de précaution...
    Reste "le principe de précaution", consistant à abattre les animaux potentiellement porteurs du virus.
    C'est ce qui a été fait en 97 à hong kong...ce qui a probablement enrayé l'appartition d'une nouvelle pandémie.
    Biensûre, les oiseaux migrateurs, entre autre les canards, ne sont pas "responsables", ils transmettent simplement le virus aux animaux domestiques...et ce sont les animaux domestiques qui sont par suite massacrés.
    Il n'y a rien à stigmatiser, il faut seulement s'inquiéter à bon escient.

    Posté par , le 21.10.05 à 14:46
  • les oiseaux

    Je crains beaucoup pour les oiseaux sauvages et les décisions parfois aberrantes que peuvent prendre les politiciens.
    Un site belge http://www.protectiondesoiseaux.be
    met en doute la responsabilité des oiseaux migrateurs dans la propagation de la maladie. Qu'en pensez-vous ?
    Est-ce que, finalement, ces apparitions d'épidémies chez les animaux d'élevage (ou sur les plantes) ne proviennent pas de ces concentrations que l'homme a créées pour sa facilité et la rentabilité, oubliant que la vie existe grâce à la diversité et la complémentarité. On a de plus en plus l'impression que l'homme est en train de signer sa propre disparition ...

    Posté par , le 22.10.05 à 19:45
  • Bourdon, il faut tout craindre des politiciens, incapables de distinguer une sarcelle d'un canard de Barbarie. Je partage votre opinion sur les méfaits de la concentration, sur les animaux comme sur les hommes. L'entassement de la vie accélère sa pourriture.

    Démo : inquiétons-nous à bon escient, et remarquons qu'une étude très sérieuse a fait apparaître la circulation accélérée des virus, et donc leur propagation, avec la multiplication des voies rapides. Heureusement, notre gouvernement va encore coller 5000 radars automatiques l'an prochain. Et songe à brider les moteurs. On comprend dans ces conditions que l'Etat se soit débarrassé de ses autoroutes...

    Posté par , le 23.10.05 à 19:28
  • Je crois que quelques uns, en particulier parmi les laboratoires pharmaceutiques qui commercialisent les éventuels médicaments ou vaccins susceptibles d'aider à faire face à une éventuelle épidémie ont de trop beaux intérêt à faire évoquer avec complaisance l'éventualité d'une épidémie spectaculaire. Je persiste à croire que dans notre vieille Europe où le gros des troupes mange encore à sa faim, nous avons plus à craindre d'autres maladies et qui ne sont pas nécessairement contagieuses.
    Comme toi, je crains pour les oiseaux, qui risquent de servir de boucs émissaires, même s'ils n'ont pas de cornes et seulement leur plumage.

    Posté par , le 24.10.05 à 14:52
  • Ah oui, mais en grande bretagne il n'y a pas grand chose d'autre a faire hein.
    Non, c'est pas vrai, il y a des pubs.

    Posté par , le 25.10.05 à 09:41
  • Huhu, Pintel, ça me fait penser qu'il est l'heure du tea break. Cheers !

    Gilda, il y a effectivement l'autre problème, l'exploitation commerciale du possible fléau. Et pendant ce temps, on passe sous silence des maladies mentales bien plus graves, dont celles qui affectent principalement nos dirigeants...

    Posté par , le 25.10.05 à 16:54
  • Oublions nous si facilement tous les autres maux que l'Homme a crées.
    Et si les Animaux contre attaquaient, juste pour nous expliquer vertement que nous ne contrôlons pas tout.
    Il nous faut trouver des responsables qui ne soient pas humains.

    Posté par , le 27.10.05 à 14:42

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