avant la lettre

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30.09.05

quand je pense à Fernande

sangsue1
(sangsue tigrée, Taman Negara, Pahang, Malaisie, le 11 août 05)

...Papa, ça n'se commande pas...

[Après l'orage, les sangsues sortaient du diable vauvert, le corps fixé sur une feuille morte, prêtes à s'accrocher à leur victime. Tendues vers l'inconnu, elles se tortillaient d'envie à notre approche, sans doute appâtées par notre dégagement de dioxyde de carbone ou de chaleur. Leur morsure ne cause aucune douleur, pas plus qu'elle ne transmet de maladie : cette chirurgienne opère discrètement, le scalpel toujours parfaitement propre. La sangsue fascine les chercheurs, qui lui trouvent sans cesse de nouvelles applications thérapeutiques.]

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27.09.05

torticolis

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(cratérope fauve -Turdoides fulvus, oasis de l'erg Chebbi, Merzouga, Er-Rachidia, Maroc, le 14 avr.05)

Midi dans les sabliers de l’oubli. Dix ou douze palmiers fichés là, les seuls à marquer la verticalité d’un élan. Sous l’ombre, les hommes n’essaient même plus de tenir debout. Pas de pain à sanctifier, rien pour les sauterelles. Leurs têtes sont tournées vers la ligne d’horizon brisée, guettant l’improbable signal, de là-bas où les enfants s’immolent. Seul l’oiseau sait d’où viendra l’avènement de la compassion.


Echanger nos siècles de désert contre une seconde de sa mémoire.

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26.09.05

opposition diamétrale

roue
(Les Garennes, Montvendre, Drôme, le 25 sept.05)

Il commence à se faire tard dans le monde. Cœur en jachère, vol de larmes sous les plombs froids : l’automne rappelle toujours quelque chose, sans que l’on sache dire quoi. Aucune voix ne monte du versant d’en face. Ah si ! Une certitude : jamais nous n’avons été aussi loin du printemps.

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25.09.05

nuages, merveilleux nuages

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(crépuscule depuis Domène, Isère, le 27 août 05)

Les nuages projettent
L'âme
Comme des langues.

(inspiré par la bien belle expo photo de Sandrine Espitalier à l'Agora de Saint-Ismier, Isère)

Posté par Richard G à 09:25 - les yeux d'Hélène G - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22.09.05

un coeur en automne

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(feuille de lotus, Tasik Chini, Pahang, Malaisie, le 13 août 05)

Tu disais : « La vie se partage entre l’amour et les ténèbres ».

Mais l’automne ne se partage pas. Il dissimule et confond, confisque et défait, à la dérobée, tout à soi.
Le temps n’arrête pas. Au ciel se suivent les hirondelles aux ailes de suie. Leur fuite effarée sous les fissures des palais.


Le temps ne pense pas à nous, il s’en va. Il nous laisse à notre destin technologique, à une saison sans contour. Entre la jubilation mélancolique et l’horreur inerte. Lumière matinale qui s’étire dans son lit de voiles au creux molli de la plaine. Une mouche au mur, une rumeur dans la ramée incertaine. Pendeloques jaunissantes sous le marronnier.


Un prédateur se faufile aux labours. Ma bouche te cherche encore.

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20.09.05

la mélancolie du crapaud

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(crapaud masqué - Bufo melanostictus, Kuala Selangor, Selangor, Malaisie, le 29 juil.05)

Nos sociétés s’effarouchent au seuil de forêts trop profondes et dans les herbes trop hautes, de la même manière qu’elles se détournent de la rugosité des êtres. Elles voudraient nier l’obscurité (on a planté de nouveaux lampadaires le long de ma rue), refuser les jungles comme les passions inextricables, retenir les jaillissements des corps, prévenir l’errance du désir, n’envisager que le quantifiable, le décodé et le lisible. Il ne saurait y avoir de joies angoissantes ni d’animalité assumée autrement que par la compulsion d’achat. Il n’est plus de temps ni de valeur à accorder à l’ombrage et à la mémoire, à l’émerveillement ou à la mélancolie. Notre soif d’apprendre est vendue en faim de reconnaître : surtout ne pas aller au-delà de l’immédiateté rabâchée. On se rassure, on se berce, on s’endort. Et l’édredon de certitudes fait un linceul à nos rêves. Sait-on qu’une société sans rêve est une société qui meurt. Et que seul l’inconnaissable nous donne une idée de l’amour…

Posté par Richard G à 09:06 - noir - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19.09.05

entrouverte (I)

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(Kuala Tahan, Pahang, Malaisie, le 12 août 05)

Il n'y avait pas d'école dans ce village. Du moins je n'ai rien vu qui ressemblait à des salles de classe ou à un préau entre les long houses. Les maisons sont regroupées aux portes de l'immense forêt de pluie, de l'autre côté du fleuve Tembeling. On ne peut accéder ici qu'en pirogue. Pas de ramassage scolaire, même pas d'horloge. Juste des libellules, des martins-pêcheurs et les grognements des calaos pour étouffer le silence.

Posté par Richard G à 09:16 - bleu - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16.09.05

cupidon en flèche

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(libellule non identifiée, Taman Negara, Pahang, Malaisie, le 12 août 05)

La conscience est une statue inerte et innervée, qui accueille de sensations provenant de stimulations extérieures. "Faites-moi respirer l'amour, je deviens cet amour", crierait la frêle demoiselle aux aguets... Et quand l'amour se fane, il reste le souvenir de son parfum. Cette remembrance inspire le désir de sentir l'amour à nouveau. Le désir, ce pourrait être cela : une sensation qu'on veut voir revenir. Mais combien d'espérances gâchées quand les ailes du désir ne nous ramènent pas là où le souvenir nous avait pris...

Posté par Richard G à 23:23 - rouge - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14.09.05

en traversée

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(train de nuit vers Tanah Mera, Kelantan, Malaisie, le 20 août 05)

Cinq cents kilomètres et presque quatorze heures. A défaut de prouesse technologique, le train aura réussi l’exploit de prendre la mesure du temps nocturne. Il a sondé la nuit dans ses entrailles rocheuses, ourlé les mystères de la jungle noire.

Et chahuté les sens.

Le nez collé à la fenêtre depuis ma couchette, j’ai vu la forêt et la brume s’entredéchirer, tandis que des ruisseaux de boue gonflaient leur rousse rumeur sous la pluie tenace. De ponts en villages égarés et de viaducs en gares perdues, le fracas ferreux scandé de sifflets rouillés m’a tenu éveillé jusqu’au triomphe de la lune sur un océan vert enfin dompté. Il était près de trois heures.

J’aime voyager la nuit. L’obscurité réveille l’âme secrète du pays, à moins qu’elle n’éveille l’âme tout court. La nuit héberge tout ce que l’aveuglante clarté du jour avait volé à l’imagination. Lumières, lueurs défilent comme autant de signaux à déchiffrer. J’épie la moindre trouée, la plus petite flamme, que le rythme du voyage et les obstacles réduisent presque aussitôt à la sensation du souvenir. La nuit devance les certitudes – et les désastres de la conscience. Son train fait de la vie un poème qui ne tient pas en place.

Posté par Richard G à 19:27 - les yeux d'Hélène G - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12.09.05

souriez, vous êtes filmés !

singe
(semnopithèque malais - Presbytis femoralis, Fraser's Hill, Malaisie, le 5 août 05)

J'anime ce mardi 13 septembre une présentation de l'univers des blogs auprès de l'équipe du magazine de la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble. Il ne fait aucun doute que nombre de blogs liés dans cette colonne feront l'objet d'une attention particulière au cours de la séance. En présence d'un lectorat beaucoup plus critique qu'à l'accoutumée, je ne saurais trop vous recommander de vous appliquer au moins ce jour. Merci.

Posté par Richard G à 22:11 - bleu - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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