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20.09.05

la mélancolie du crapaud

crapaud1
(crapaud masqué - Bufo melanostictus, Kuala Selangor, Selangor, Malaisie, le 29 juil.05)

Nos sociétés s’effarouchent au seuil de forêts trop profondes et dans les herbes trop hautes, de la même manière qu’elles se détournent de la rugosité des êtres. Elles voudraient nier l’obscurité (on a planté de nouveaux lampadaires le long de ma rue), refuser les jungles comme les passions inextricables, retenir les jaillissements des corps, prévenir l’errance du désir, n’envisager que le quantifiable, le décodé et le lisible. Il ne saurait y avoir de joies angoissantes ni d’animalité assumée autrement que par la compulsion d’achat. Il n’est plus de temps ni de valeur à accorder à l’ombrage et à la mémoire, à l’émerveillement ou à la mélancolie. Notre soif d’apprendre est vendue en faim de reconnaître : surtout ne pas aller au-delà de l’immédiateté rabâchée. On se rassure, on se berce, on s’endort. Et l’édredon de certitudes fait un linceul à nos rêves. Sait-on qu’une société sans rêve est une société qui meurt. Et que seul l’inconnaissable nous donne une idée de l’amour…

Posté par Richard G le 20.09.05 - noir - Commentaires [17] - Permalien [#]

Commentaires

    Encore une photo qui tue..
    Quel oeil.

    A propos, je viens de lire un article sur la protection des amphibiens (en anglais) dans les news du jour : http://news.bbc.co.uk/2/hi/science/nature/4262384.stm

    Posté par , le 20.09.05 à 09:48
  • J'aime bien ton crapaud. Sa mélancolie me touche.

    Mais voyons, pourquoi rêver encore puisque l'accomplissement est dans la réalité, le dur, le solide, l'argent qu'on a et qu'on dépense, qu'on a pas mais qu'on tente d'obtenir, le pouvoir.

    Bref.

    J'irais bien m'asseoir quelques instants à côté de ton crapaud, pour méditer avec lui, tiens.

    Posté par , le 20.09.05 à 10:19
  • alors? que lis-je?
    Ne restons pas dans la morosité ambiante : notre animalité est toujours sous jacente, bien que vilainement domestiquée.
    "Nous" prônons certain traits de caractère infantilisant (je vois, je veux, je prend) au détriment d'une animalité plus ... consciente.
    Et qu'importe, après tout. déciderons nous de nous fondre en ce "nous" qui ne nous ressemble pas?
    certes non!!! vivons pour le plaisir de vivre, ressentons pour le plaisir de ressentir...et gardons des autres, trop dogmatiques dans leurs relations.

    Posté par , le 20.09.05 à 10:36
  • Et réciproquement

    Et que seul l’amour nous donne une idée de l’inconnaissable…

    Posté par , le 20.09.05 à 10:48
  • Et vlan!

    Ce texte est très touchant. il me va droit au coeur dans mon semi-réveil, demi-sommeil. Je vais retourner rêver d'ailleurs je crois.

    Posté par , le 20.09.05 à 12:12
  • Oh, le joli goitre!
    chez les crapaud c'est si noble!
    mais chez les humains c'est si hideux!


    la lune hier au soir etait orange sépia, et finalemnt sa robe est devenu blanche scintillante.

    quel poéte , je suis!hihihi!

    tiens de vais aller faire un tour chez ton ami qui rie!

    je t'embrasse

    falo

    Posté par , le 20.09.05 à 12:45
  • Tu veux dire qu'il n'y a que dans la nature que l'on retrouve l'étendue de tout ce qui un jour peut traverser notre corps et notre âme ?
    En tout cas c'est une belle image.

    Embrassons ce crapaud pour voir en quoi il se transforme !

    Posté par , le 20.09.05 à 15:53
  • Merci pour l'info Pintel, qui n'est pas rassurante. Je reviendrai plus tard, probablement au printemps, sur le déclin des amphibiens, leur désastre annoncé (une espèce sur trois est amenée à disparaitre dans les vingt ans qui viennent, c'est considérable, unique dans l'histoire de l'évolution animale).

    Anne : "A m'asseoir sur un banc deux minutes avec lui, à r'garder les têtards tant qu'y'en a..."

    Fuli : bien évidemment, et je connaissais d'abord la relation entre amour et inconnaissable dans le sens que tu évoques (c'est de qui d'ailleurs?)

    LaVita : bon courage, je crois que celui-ci est un poil venimeux quand même ! Sinon, tu as parfaitement résumé le texte.

    Falo, n'est pas Balladur qui veut. Je te trouve de belle humeur en ce moment. Continue comme ça, ça te va bien !


    Catherine, content que ça te touche, je n'avais plus de tes nouvelles (de tes émotions) depuis un paquet de temps. Bises.


    Demo : ah, l'animalité consciente... Là est la pierre d'angle de nos histoires rêvées, non ?

    Posté par , le 20.09.05 à 19:11
  • Tu écris bien, y a pas à dire... Je lis, j'adhère, je relis, et là je me dis, oui, c'est bien dans la bonne catégorie : noir !
    Sommes-nous donc tous agonisants ? Sommes-nous réellement dans un monde où "il n’est plus de temps ni de valeur à accorder à l’ombrage et à la mémoire, à l’émerveillement ou à la mélancolie."
    Je n'en suis pas si sûre. J'ai un infime espoir auquel je ne veux pas renoncer. Pas encore. D'autant qu'il reste encore de l'inconnaissable...

    Posté par , le 20.09.05 à 20:48
  • Je suis 100% d'accord avec ce que tu dis, et c'est superbement dit. Difficile d'ajouter quelque chose. Déguster le silence, la vacuité, quelques lieux magiques nous offrent cela et alors c'est un bonheur immense parce qu'infime. A déguster.

    Posté par , le 20.09.05 à 23:52
  • Bah, se dit la grenouille..

    l'homme de désir périt avec ce qu'il désire..
    Pour ne pas mourir faut-il retrouver notre capacité d'émerveillement?
    Devant vos photos Richard G, je suis toujours cette enfant...

    Posté par , le 21.09.05 à 08:28
  • Et bien, voilà l'interprétation qu'il me fallait pour ne pas tondre la haute pelouse ce we !
    Merci

    Posté par , le 21.09.05 à 13:51
  • le crapaud de la mélancolie

    Barnabé, tu as une pelouse toi, super ! Moi je n'ai que de la moquette, et ce sont les acariens qui la tondent

    Mamzelle Lili : restez cette enfant ma mie, je vous en supplie...

    Anne Printemps : merci d'acquiescer, ça me rassure ! Vu ton blog, je ne pensais pas que tu puisses me contredire...

    Alpha : j'admire ton optimisme, pas béta en plus ()Je voudrai(s) te rejoindre, mais je suis confronté à de telles cécités chaque jour, tant de surdité... Pas simple non.

    Posté par , le 21.09.05 à 17:32
  • Ce que je pense, en fait, c'est que quand on est désespéré, on ne peut plus grand chose pour les autres. L'espoir nous donne la force d'aider et de faire. En ce sens, le pessimisme est quelque peu dangereux.

    Posté par , le 22.09.05 à 21:59
  • Alpha : Le pessimisme démobilise, ok. C'est pour cela que j'essaie de faire des photos positives. Avant la lettre quelque peu désenchantée, il y a encore le paradis terrestre.

    Posté par , le 22.09.05 à 22:25
  • Et après la lettre ?

    Posté par , le 24.09.05 à 13:13
  • Après la lettre, il y a encore ton regard par ici, c'est tout aussi rassurant

    Posté par , le 24.09.05 à 13:24

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