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14.09.05

en traversée

traindenuit_filtered
(train de nuit vers Tanah Mera, Kelantan, Malaisie, le 20 août 05)

Cinq cents kilomètres et presque quatorze heures. A défaut de prouesse technologique, le train aura réussi l’exploit de prendre la mesure du temps nocturne. Il a sondé la nuit dans ses entrailles rocheuses, ourlé les mystères de la jungle noire.

Et chahuté les sens.

Le nez collé à la fenêtre depuis ma couchette, j’ai vu la forêt et la brume s’entredéchirer, tandis que des ruisseaux de boue gonflaient leur rousse rumeur sous la pluie tenace. De ponts en villages égarés et de viaducs en gares perdues, le fracas ferreux scandé de sifflets rouillés m’a tenu éveillé jusqu’au triomphe de la lune sur un océan vert enfin dompté. Il était près de trois heures.

J’aime voyager la nuit. L’obscurité réveille l’âme secrète du pays, à moins qu’elle n’éveille l’âme tout court. La nuit héberge tout ce que l’aveuglante clarté du jour avait volé à l’imagination. Lumières, lueurs défilent comme autant de signaux à déchiffrer. J’épie la moindre trouée, la plus petite flamme, que le rythme du voyage et les obstacles réduisent presque aussitôt à la sensation du souvenir. La nuit devance les certitudes – et les désastres de la conscience. Son train fait de la vie un poème qui ne tient pas en place.

Posté par Richard G le 14.09.05 - les yeux d'Hélène G - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

    intrigue

    C'est quoi la nouvelle catégorie que tu viens de créer ?
    en tout cas ton texte et la photo donnent diablement envie de prendre le train de nuit en Malaisie...

    Posté par , le 15.09.05 à 09:49
  • c'est jolie ça, comme une trainée d'étoiles en plus..

    Posté par , le 15.09.05 à 10:49
  • Sans Moi : coucou Christie, tu fais attention à tout, à ce que je vois... Cette nouvelle catégorie rassemblera des textes plus personnels et aux couleurs volontiers changeantes, comme dans les yeux d'Hélène G... (qui n'est pas ma soeur, ou alors un peu d'âme, quand elle parle des loups...)

    Merci Falo, si en plus tu arrives à y voir des étoiles, c'est chouette !

    Posté par , le 15.09.05 à 11:31
  • Train de nuit...

    ...Laisser derrière moi la grisaille des banlieues moscovites, dans le halo tremblant des réverbères jaunis…me laisser bercer par le roulement chaotique et le fracas des essieux de ce convoi branlant…

    Dans ce balancement , ma pensée hésite…
    Je veux prendre la fuite…
    J’irai jusqu’en Orient !

    L’air est rempli par les volutes de la fumée amère crachée par les cheminées.
    Sur la vitre embuée , où ma tête se pose , je me perds dans les dessins éphémères des cristaux accrochés par le vent…

    Fuir. .noyer mes peurs dans les contours bleutés des reliefs incertains des monts de l’Oural.

    Les lignes infinies et verticales des troncs d’arbres dénudés me rendent prisonnière d’un voyage sans fin dans la taïga gelée.

    Vertige horizontal d’une course à bout de souffle, aspiré par les rails du Transsibérien.
    Solitude glacée, dans un wagon désert. Je n’ai d’autre couleur que le rouge écrasé, de cette vieille banquette au velours râpé.
    Mes yeux se noient dans la monochromie des paysages figés…à la blancheur des jours succède les gris des nuits .où se glissent les ombres des autres passagers.
    Je ne sais rien d’eux ,..je traverse ces plaines , n’écoutant que mon cri..

    Fuir, abandonner mes doutes …désaltérer ma bouche avec ce thé brûlant.

    A l’esprit du Baïkal, j’implorerai l’oubli…laissant mes souvenirs dans ses eaux de glace.

    J’irai jusqu’en enfer !
    Oublier.. .oublier !

    Neuf mille kilomètres, et au bout de l’hiver, descendre sur le quai, et n’avoir pour bagage qu’un seul espoir, renaître…

    Et se dire : il était…

    Posté par , le 15.09.05 à 12:01
  • Splendide, Mam'zelle Lili ! C'est de vous ?

    Posté par , le 15.09.05 à 12:17
  • si c'est celle auquelle je pense, cette belle Hélène(qui est vraiment une beauté) ne peut que te plaire, mon cher Richard.
    Pianiste élevant des loups...un idéal, non?
    Quand aux voyageurs noctambules...au moins ont ils une esquisse impressionniste des contrées rencontrées. Peut-être aussi n'en garde -t-il que l'essentiel, aussi.

    Posté par , le 15.09.05 à 12:59
  • Ca me rappelle quand je faisais de l'astronomie.
    Dans l'obscurite totale, c'est incroyable comme tout prend une autre dimension, et comme nos sens s'aiguisent.

    Posté par , le 15.09.05 à 15:10
  • Han..M'sieur Richard,vous me faîtes rougir.. pour un peu j'en râtais mon train...

    Posté par , le 15.09.05 à 19:55
  • Impressionniste, oui. C'est le mot juste, merci Demo.

    Pintel, quand je faisais de l'astronomie, moi j'étais toujours dans la lune. Les étoiles filaient, filaient, et mon épuisette n'en attrapait aucune.

    Ratez, ratez, Mam'zelle Lili, mais de grâce, ne râlez point !

    Posté par , le 15.09.05 à 20:29
  • Petite mort.

    Riez, riez, M'sieur Richard, je n'agonise plus!

    Posté par , le 16.09.05 à 09:30
  • coucou!

    je suis seule avec monn papa et bon anniversaire de mon papa et maman!
    solene

    Posté par , le 21.09.05 à 07:23

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