avant la lettre

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23.08.05

les yeux pour le dire

fillette
(Kuala Tahan, Pahang, Malaisie, le 10 août 05)

Ce que les voyages nous racontent ne dure pas assez longtemps. On revient les yeux grand ouverts, le cœur plus affamé de vérité. On se sent pousser les ailes d’un spectateur engagé (dans les propres mots de Raymond Aron), on voudrait s'impliquer davantage. Et pourquoi pas orienter le blog vers une tentative de réflexion plus globale sur ce monde si loin si proche qu’on a senti battre sous sa paume. Mais on sait déjà vers quoi le temps, ce filet lâche si vite encombré d’habitudes et de contraintes, va refermer nos poings : il faudra d’abord se battre contre nos moulins à vent quotidiens avant de tendre la main à nos lointaines familles. Les médias vont aussi se charger de nous isoler, confinant notre horizon (la grotte de Platon, vous y êtes, nous y sommes) aux frétillements de Sarkozy, à la sécheresse en Haute-Vienne et à la grippe aviaire. Au reste, une compréhension prospective de la planète ne se satisfait pas plus de deux voyages par an. Elle est un exercice immensément difficile auquel un métier entier (et cent heures par semaine, pas trente-cinq), une vie durant, suffit à peine. Au moins nous reste-t-il quelques clichés soutirés à sa beauté, à sa misère parfois, et dédicacés à nos propres yeux, qui contiennent tout l’espoir… Tout l’espoir du monde. L'an II d'Avant La Lettre est commencé.

Posté par Richard G le 23.08.05 - blanc - Commentaires [11] - Permalien [#]

Commentaires

    Une réflexion plus poussée sur ce qui anime ce monde mérite qu'on y consacre du temps, et de l'intelligence.
    Peut-être qu'à force d'échanges constructifs, arriverons nous, sans orgueil aucun, à "comprendre" un peu les différents axes qui font et défont les populations...et par là même ce qui les entoure.
    Bien évidement, ce sortir de notre sphère individuel demande un effort permanent : après tout, nous évaluons et évoluons selon un référentiel relativement rigide, et cela peut-être difficile d'apprendre à voir selon d'autre point de vue.
    Biensure l'espoir demeure notre graal personnel...mais ne confond on pas parfois espoir et ignorance?

    Posté par , le 23.08.05 à 17:07
  • Bon retour ici bas, alors...

    Et le regard de cette petite fille est fascinant dans son miroitement de tous les feux.
    Elle semble fixer le photographe avec une certaine force tranquille.

    Posté par , le 23.08.05 à 19:03
  • Moi j'étais comme elle toutes ces semaine, à zieuter le retour de Richard ! Content de te savoir ici, avec tout ton sang !

    Posté par , le 23.08.05 à 23:14
  • Contente aussi de te retrouver et de voir ta nouvelle collecte d'images, de mots et d'émotions... bon retour.

    Posté par , le 24.08.05 à 08:34
  • tu m'étonnes qu'on n'a pas suovent le temps de penser à l'essentiel, le superflu-nécessaire nous absorbe en ces gestes répétés jusqu'à la nausée, heureusement éclairés de quelques fulgurances..

    Posté par , le 24.08.05 à 09:56
  • Ton blog est une manière (à toi et à nous) de nous soucier plus encore de l'essentiel.

    Ce n'est pas rien.
    Souchon chante, c'est déjà ça.

    Posté par , le 24.08.05 à 10:05
  • Barnabé : on y tâche, on y tâche mais la clairvoyance nous manque parfois. Souchon sort un nouveau disque, ai-je appris.

    Senza me : oui, même que le superflu est si fort qu'on ne sait plus où il commence et où il se termine quand on est en plein dedans. La nausée, non, c'est juste un effet de la grossesse ça

    L'émerveillée : j'vais un peu vous saouler avec ma collec' d'images made in Malaysia, mais vous verrez comme le pays est photogénique... et mérite un regard attentif

    Jibé: tu le sais maintenant, les sangsues j'en ai fait mon affaire. Mes chaussettes ont résisté !

    Agnès: les enfants de Malaisie sont parmi les plus beaux que j'ai pu voir.

    Démo : en ce qui concerne ce pays, c'est surtout la cohabitation Chinois-Malais qui m'étonne. Mais il paraît qu'il ne faut plus s'étonner de rien...

    Posté par , le 24.08.05 à 14:13
  • L'An II s'annonce plein de valeurs que je ne peux qu'applaudir. Bon retour chez toi. Et vivement la suite.

    Posté par , le 25.08.05 à 09:52
  • Anne, merci de tes encouragements.

    Posté par , le 25.08.05 à 11:58
  • Elle est belle cette photo l'ami.
    Parfait timing

    Posté par , le 25.08.05 à 16:16
  • Moi qui n'ai pas l'occasion d'en faire beaucoup et dont le bout du monde de cet été n'était que la Normandie, j'en rentre à peine,
    je me dis que ce que tu écris des voyages et de l'appel d'engagements que tu en ressens pourrait fort bien s'appliquer au travail d'écrire.

    Hélas, à la rentrée, les moulins à vent quotidiens battent de toute leur force sous les vents d'automne.
    Parviendrons-nous un jour à lutter ?

    Posté par , le 26.08.05 à 16:48

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