25.07.05
prendre le temps

(San Sebastian, Espagne, le 1er janvier 2005)
Par la main, tant qu'à faire.
Prise de
participation dans le capital vacances incessante. Vacances, ou à peu
près, à faire fructifier au gré des rêves d'un Orient extrême.
"Je
note et je rêve. Je note, je note et je me dis avec acharnement qu'il
faut à ce souffle un corps, à ce regard des larmes, à ces lèvres une
espèce de plainte. Je note et tout à coup je me dis qu'il faut à ce
rêve aussi, peut-être, une sorte de dormeur." (Pascal Quignard, Le salon du Wurtemberg)
Retour prévu sur ces plages aux alentours du 23 août. Bel été à toutes et tous.
23.07.05
dernières notes sur le monde qui brûle

(savane vers Waterberg, Namibie, le 15 août 03)
C’est
bientôt la trêve estivale et le début d’un vaste inventaire. Avant La
Lettre exhume des extraits de notes non publiées, emmagasinées au cours
de l’année écoulée. A considérer comme un possible track-listing pour l'année prochaine.
La planète ressemble à un grand ballon glissant. Et personne ne
sait vraiment où est la zone de buts. La gestion du monde a de moins en
moins de prise. En a-t-elle jamais eu : bonheur collectif n’est dans
aucun manuel.
Le débat sur le développement durable a déjà cessé d’exister. On prend
des mesures législatives pour se donner bonne conscience à défaut de
s’attaquer à la racine des problèmes. L’horizon des dirigeants et des
élus est trop compartimenté pour une approche aussi pluridisciplinaire.
L’écologie est la discipline du vivant, de la vie de tous les êtres
vivants. Il faut rapprocher les aspects sanitaires de l’humanité des
problématiques environnementales – lesquelles incluent aussi
l’environnement au travail et l’organisation de l’espace public.
Nos hommes politiques sont à l’écologie ce que ma grand-mère est à
l’astrophysique. Aucune pensée n’est valable, aucune action n’est plus
viable si elle n’inclut pas la considération écologique, de tout ce qui
bouge et se meut d’un même pas sous nos étoiles.
Un discours n’est
intelligent que s’il sait s’adresser à tous les hommes. Des changements
s’imposent à tous les niveaux de la société. Changements de
comportements, de mentalité. En finir avec les idées reçues, avec les
jugements hâtifs, avec les terrorismes de l’âme et l’intellectualisme
mondain. Glisser du courage et de l’écoute, comprendre en rapprochant
les faits, non les théories, aller sur le terrain. Mobiliser
l’imagination, partout. S’efforcer de trouver les mêmes contenus aux
mêmes mots.
Johnny Hallyday a pris un sacré coup de vieux. Je croyais
que les rockers mourraient jeunes.
L’évolution du terrorisme est plus rapide que celle des consciences visées. Les réactions des politiques occidentaux aux attentats sont
invariables : « Jacques Chirac a fait part de son horreur et promet que
les coupables seront sanctionnés ». Les discours s’appuient sur
l’émotion du drame pour tenter de combler un manque crucial de
réactivité.
A Sarkozy qui voit l’avenir du monde dans la production des
biens, il faut lui démontrer que notre bonheur est dans la création des
liens.
Nous aurons un monde de paix, petite Eva. Les nuages seront de
la confiture de lait et la pluie juste un peu d’orangeade. Il y aura
des nounours pour te garder le soir, et c’est avec des sous-rires plein
les lèvres que tu achèteras des bonbons. L’école t’apprendra le chant
des oiseaux et le nom des fleurs. A la télé, à la radio, on entendra
des chansons de la mer, les informations parleront de la migration des
baleines, de l’industrie florissante des citrouilles et des carrosses,
de la bourse aux étoiles.
J’étais pas sûr que tu viendrais.
21.07.05
croque vacances (part II)

(crocodile américain - Crocodylus acutus, Tarcoles, Puntarenas, Costa Rica, le 5 août 04)
Les lumières s’éteignaient et nos lippes scintillantes n’en étaient que plus visibles. Deux heures moins dix, la série de slows, la moiteur rêvée, les vingt minutes qui éclaireraient toute la nuit ! L’expérience acquise sur les étés successifs ne nous avait pas vraiment appris à tirer une méthode efficace. Nous n’étions restés que de jeunes loups aux abois, farouches obsédés de tendresse et de désir, dont l’émotion malmenait invariablement la raison, contestait tout calcul. Sur la piste apaisée, autour des tables rondes, près de la cabine du DJ, au bar ou sur les escaliers : nos approches s’effectuaient dans le désordre et la confusion. C’est que le temps filait contre nous et la concurrence des minets en blaser était imprévisible. Au cinquième slow les jeux seraient faits : malheur aux vaincus quand Prince collerait son Kiss pour amorcer la série funk ! Alors nous semions à la va-vite ces « Bonsoir, tu danses ? » empaquetés de raide, sans effort d’adaptation à la langue (mais cette question n’est-elle pas l’espéranto du dragueur moyen ?) et sans même un sourire, comme le pêcheur trop pressé balance ses filets mal rafistolés. Et c’est peut-être cela qui leur plaisait finalement, cette candeur rudoyée par les verres de Tequila-Gin-Get-Vodka et de cocktail champagne, cette facilité à admettre sans mégoter qu’Eros Ramazzotti composait les plus belles chansons du monde.
20.07.05
croque vacances

(couple de criquets à échelons - Stauroderus scalaris, cascade du Boulon, Sainte-Agnès, Isère, le 16 juil.05)
C'est l'amour à la plage, ah ouh tcha tcha tcha...
17.07.05
une fête

(chez Laurent, Isère, le 17 juil.05)
Il y a des rendez-vous annuels qui balisent l’existence. Par exemple, les retrouvailles familiales, au moment des fêtes, permettent de faire le point sur l’année écoulée. La « fête à Laurent » est désormais de ces moments incontournables, glissée dans les institutions et auréolée de ses légendes. Toujours à la même époque depuis cinq ans, elle fait converger des destins éparpillés le reste du temps. Elle nous tend un miroir sur ce que nous, bande de copains réunis par une même passion, sommes arrivés à faire de nos vies respectives. Alors, qu’est-ce que tu deviens ? Tu as trouvé du boulot ? Tu es venu sans Florence ? Et tu pars où cette année ? Les questions sont restées les mêmes, les réponses sont chaque fois différentes. On s’inquiète de l’absence de certains, des visages un peu anciens qu’on aurait aimé revoir. On salue aussi l’arrivée de nouveaux dans le cercle, des gens qu’on avait déjà vus un peu, de loin, mais pas comme ça, pas sous ces projecteurs braqués à bout portant. Ces « fêtes à Laurent », du nom de leur hôte, se jouent en deux manches. La première nous fait bavarder d’apéros en apéros, puis d’apéros en grillades et de salades en mousse au chocolat (plébiscitée à juste titre), dans la cour de la ferme, près des nids d’hirondelles et sous les nichoirs des rougequeues. La seconde, pas entamée avant deux heures, se déroule dans une pièce plus confinée, et pour un cercle restreint d’initiés. Beaucoup la redoutent et tâchent de s’échapper avant. D’autres ne sont venus que pour ça et se réveillent enfin. Une surprise-partie pour adultes, que l’aube naissante drape d’un voile rose impudique. Paraît-il. Nous ne sommes jamais restés assez longtemps pour vérifier ce qu’une source bien informée nous rapporte généralement quelques jours plus tard. De cette nuit ample et secouée que l’égalité des sourires rassure à chaque fois, un cri a jailli plus vif à la fin. Le cri d’un gros chien gris, percuté de plein fouet sur l’autoroute du retour.
16.07.05
fracas

(cascade du Boulon, Le Pleynet, Sainte-Agnès, Isère, le 16 juil.05)
Eau de métal frappant l'avant rond de la terre engloutira la lune et ses sinistres murailles d'un chant d'un seul.
15.07.05
infraliminaire

(asilie sp., Bois des Ramiettes, Theys, Isère, le 10 juil.05)
La
solitude de ces jours gavés de travail dépouille les dernières
certitudes. Je vois certes autour de moi des corps se mouvoir et
parler, mais de quel droit puis-je affirmer aujourd’hui qu’ils sont
habités par des consciences ? Ma conscience est la seule dont je puis
tirer directement l’expérience. Tout le reste n’est qu’objet pour elle,
pur spectacle pour cet unique spectateur. Et ce spectacle n’a jamais
paru aussi inquiétant. Ce que la radio, la télé, la rue murmurent, loin de
m’ouvrir à l’autre, m’emmurent au contraire dans le questionnement. Je
n’ai plus assez de perceptions, plus assez d’émotions pour reconnaître
celles des autres. Plus assez de sang pour reconnaître leur chair sous
le geste.
(cette note n’est pas autobiographique – mais elle n’en est
pas loin)
12.07.05
la caravane passe
(passage du Tour de France à Domène, Isère, le 12 juil. 05)
... Nous étions quelques bon copains, Y’avait Fernand y’avait Firmin, Y’avait Francis et Sébastien... Et même Lance Armstrong (photo 3, 2e coureur en partant de la droite).
11.07.05
"c'est sans danger"

(mouche-scorpion, Panorpa communis- Bois des Ramiettes, Theys, Isère, le 10 juil. 05)
Cet insecte forestier n’a de scorpion que l’apparence de l’extrémité de l’abdomen chez le mâle. Il est parfaitement inoffensif. La crainte qu’inspirent certains animaux provient d’abord de leur complexité morphologique. Une complexité qui a fasciné les créateurs de science-fiction... Mais ceux-ci n’ont certainement pas encore épuisé toutes les richesses graphiques que la Nature dévoile au détour d’un sentier, sous une feuille ou au fond des mers. C’est à se demander d’ailleurs si l’imagination humaine pourra un jour dépasser ce que la Terre aura été capable d’enfanter. Les monstres de la littérature moderne, comme hier les créatures mythologiques, procèdent bien plus de l’assemblage d’éléments préexistants que de l’invention pure.
08.07.05
déraciné désir

(Marino Ballena, Puntarenas, Costa Rica, le 9 août 04)
Le goût du sel, le zinc des gouttières, les pigeons sales, l’urbanisme moderne vitrifié, la poussière des appentis, le velouté trompeur des mousses des arbres qui tourne en viscosité, les armées rachitiques des antennes de télévision, le grondement massif des moteurs, quatre explosions, des feux rouges, la frange molle des balayeuses, l’eau opaque qui ne bouge plus en dessous, des sources de gasoil irisées dont on ne saurait remonter le cours. Des solitudes, des solitudes, des solitudes. Dans cet octobre citadin qui pleure en plein juillet, les souvenirs enflent et déferlent en écume noire. Sur toutes les plages du monde, la tristesse a le même chant.










