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08.07.05

déraciné désir

plage_morte_2_filtered
(Marino Ballena, Puntarenas, Costa Rica, le 9 août 04)

Le goût du sel, le zinc des gouttières, les pigeons sales, l’urbanisme moderne vitrifié, la poussière des appentis, le velouté trompeur des mousses des arbres qui tourne en viscosité, les armées rachitiques des antennes de télévision, le grondement massif des moteurs, quatre explosions, des feux rouges, la frange molle des balayeuses, l’eau opaque qui ne bouge plus en dessous, des sources de gasoil irisées dont on ne saurait remonter le cours. Des solitudes, des solitudes, des solitudes. Dans cet octobre citadin qui pleure en plein juillet, les souvenirs enflent et déferlent en écume noire. Sur toutes les plages du monde, la tristesse a le même chant.

Posté par Richard G le 08.07.05 - noir - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    Tout commentaire à cette belle note serait superflue. Sauf pour ajouter qu'une visite ici donne envie d'enraciner le désir.

    Posté par , le 08.07.05 à 19:38
  • j'aime la ville, et presque ta description me plairait,... oui je sais... mais j'aime surtout cette photo de tristesse au bord de l'eau.

    Posté par , le 09.07.05 à 12:14
  • ... et tu crois que c'est ça qui me remontera le moral ?..
    N'empêche, elle est belle, ta note.

    Posté par , le 09.07.05 à 13:27
  • Désert de solitudes.

    Sur l'eau noire , c'est l' aube..
    Dans le ciel , les nuages rouges voyagent lentement...
    Le saumure et le sable coulent dans tes veines et dans tes yeux...même tes larmes sont muettes.

    Posté par , le 09.07.05 à 16:13
  • La dessication du désir

    Il y aurait une étape où tout redeviendrait sec

    La sève aurait migré dans la mémoire

    Il y aurait des cicatrices
    dans les nouures
    de nos mains
    vides ,
    en attente,
    ostentatoire

    Autour de nous tout deviendrait laid

    Les lumières et les facades
    Les ornières et les oeillades
    Les paroles et les lieu-dits
    Les villes de goudron alourdies

    La photo serait très bonne

    Prime au crime
    de n'être que
    lucides
    ou (presque)
    nonchalants
    peut-être

    Un coup de pied
    dans le sable
    caramel mou

    Une empreinte de nos
    rages
    solitaires
    et
    solidaires
    parfois seulement

    On laisse la souche
    où elle est
    Cela ne sert à rien
    de transporter le bois pourri

    On la laisse à son sort
    qui n'est pas si tragique

    Elle recyclera
    tout l'humus
    de nos yeux
    humeur végétative
    humide et conciliante

    le désir a ses mues

    Posté par , le 09.07.05 à 20:28
  • Ben dis donc Marie.Pool, ce n'est plus du désir d'écrire, c'est de la rage ! Bravo à toi, j'aime particulièrement la chute : le désir a ses mues. Disons qu'il peut émouvoir différemment, oui.

    Mamzelle Lili, la saumure, c'est pour les harengs non ?

    Jibé, il faut ex-pur-ger. Soigner le mal par le mal.

    Lulu, j'aime les villes aussi, de plus en plus, pour la beauté secrète (ou alors flagrante) du malheur qu'elles emprisonnent entre leurs murs.

    LVN, attention, l'enracinement et le désir sont souvent incompatibles à long terme !

    Posté par , le 09.07.05 à 21:17
  • quel élan ! Je suis impressionnée (pour changer)

    Posté par , le 11.07.05 à 15:33

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