avant la lettre

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29.06.05

décolletage

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(pulsatille des Alpes, Pulsatilla alpina - Col de Nordy, Saint-Michel en Beaumont, Isère, le 11 juin 05)

On s’aime, un peu, beaucoup, passionnément… Et puis un jour, plus du tout. Mais longtemps après la fanaison, les cheveux gardent la douceur des mains qui s’y étaient perdues.
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On ne peut pas se préserver d’avoir été. La porte qu’on fait claquer derrière soi, c'est encore de l’amour qui résonne.

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27.06.05

le mur, toujours le mur

femme
(sur les toits de Marrakech, quartier de la Médina, Maroc, le 9 avril 05)

Mahmoud Ahmadinejad a remporté l’élection présidentielle en Iran. Quelle détresse collective, quelle déroute de l’âme peut conduire un peuple à élire un homme réputé ultra-conservateur et radical ? Réflexe au fond banal en ces temps de disette d’idéal : c’est encore un populisme, accessoirement religieux, qu’on voit s’imposer, porté par le grondement social. Refrain de la sanction aussi : le peuple iranien a voulu montrer au réformateur Rafsandjani sa défiance. Les velléités d’ouverture au monde occidental du président sorti ont été perçues comme un risque de dissolution de l’identité iranienne, un chiffon agité par la démagogie du camp adverse. C’est une véritable malédiction en cette année 2005 : chaque tentative de rapprochement des peuples semble vouée à l’échec, dès lors qu’elle est menée dans un contexte d’incertitude économique. A rejoindre l’ombre et le repli, le cœur des hommes n’a pourtant rien à gagner, sinon d’autres drames, d’autres souffrances.

[La peur, elle viendra un jour pour te bloquer le cœur, la peur, elle fait l’amour avec l'horreur – Johnny Hallyday, « La Peur » (Pierre Billon/Jean Renard)]

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23.06.05

heart und dreisig (note à moi-même)

giraphique
(girafe réticulée, Pan Etosha, Namibie, le 13 août 03)

Autoportrait au chewing-gum – goût : jour qui passe d’une année. Ruminations. Que faut-il penser de ces vingt-trois juin (jolie date au demeurant parce que pleine d’oiseaux, de soleil, d’été et de fleurs), qui s’empilent dans les mitochondries, troublent le liquide cytoplasmique, rayent le disque intervertébral, rognent le bulbe rachidien et strient le coin des yeux ? Des deux ventricules, encore à peu près fiables, pulse un message, un réflexe myotatique relayé par le nerf glossopharyngien : vite, vite, aimons !

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21.06.05

procession d'effroi

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(ascalaphe soufré - Libelloides coccajus, Col de Parquetout, Saint-Michel les Beaumont, Isère, le 11 juin 05)

L’été ferme les prières. Il absout les consciences, signe les permissions. Nulle délivrance pourtant. Aucun vent pour écarter l’herbe cramponnée à sa pauvre terre jaunissante, aucune pluie pour détordre les molles courbures du blé. Papillons comme cent petits chiffons pendants. Cigales comme cymbales désassemblées. Après le printemps, ce n’est plus le bonheur, ce n’est plus l’harmonie. Juste un qui-vive somnolent au front des palais. L’été est un temple dévasté et ses fidèles, jeunes merles et fauvettes éjointées, ont l’âme poreuse autant que le cœur fermé. On a beau dire, on a beau faire, l’été prolonge les misères.

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18.06.05

the kid stays in the picture

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(Aït-Harbi, "les doigts de singe", Gorges du Dadès, Maroc, le 11 avril 05)

Les dernières lumières du jour sont les plus douces. Est-ce à dire que les dernières heures de la vie sont les moins amères ? Quelles images du passé reviendront marauder sous le lit du renoncement ? Que restera-t-il, à ce moment presque tari, des paysages de nos voyages, des oiseaux multicolores, des rires partagés, des joies de l’amour ? On peut douter de leur triomphe lorsqu’à la turbulence des semaines succède déjà une remémoration languide : ce sont les instants humbles et fragiles, toujours les mêmes, qui reviennent dans un souffle à peine contenu. Au fond des jours tassés de chaleur comme au perron givré des nuits d’hiver, il y a un enfant qui se promène sans sourire sur les crêtes rocheuses. Il questionne ses mains remplies d’odeurs, scrute les cailloux qui brillent, écoute la chanson du ruisseau. Je ne suis pas forcément pressé de trouver un sens à ces images.

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15.06.05

contre-pied

enfant
(San Sebastian, Espagne, le 31 décembre 04)

Le temps déroute le cœur. Enfant, j’ai eu des passions turbulentes pour les fêtes foraines, les guitares électriques et les pétards à mèche. Peu à peu, je me suis mis à trouver du charme au silence des fleurs, à la lumière du soir, aux hérons immobiles des bords d’Isère. C’est quand la main de la mère se retire qu’il nous faut trouver d’autres caresses. On apprend alors à épier l’ombre, à lui chercher sa douceur, sa tiédeur secrète. Et c’est déjà comme si l’on se laissait aller, vaguement, vers la fin des choses. On peut rester très longtemps sur le seuil. Disons cinquante ou soixante-deux ans.

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12.06.05

la turquine

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(bleuet, Col de Parquetout, Saint-Michel en Beaumont, Isère, le 11 juin 05)

J'aimais la grâce distante, presque sévère, dont elle parait ses gestes dès qu'elle sentait mon regard sur elle. Les fils barbelés autour de son coeur ne me dissuadaient pas, ils aiguisaient au contraire mes propres armes. La cruauté, la netteté de cette enceinte étincelante, proclamait la rigueur acérée que je devais investir pour réussir à la séduire.

Posté par Richard G à 22:48 - bleu - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09.06.05

aurai-je aimé?

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(oasis de l'Erg Chebbi, Merzouga, Er-Rachidia, Maroc, le 13 avril 05)

L’amour est la mémoire du plaisir. Il conserve toutes ses résonances, en consigne les éclats dans un cahier que l’on feuillette jour après jour – et les mains qui tournent les pages s’appellent la tendresse. L’amour est le passé présent, le passé de tous les plaisirs qui ont incarné en lui ses promesses. Ce qui l’ébrèche, c’est la cristallisation de plaisirs trop anciens, et tandis que le corps doit s’inventer de nouveaux sangs pour survivre.

Posté par Richard G à 10:57 - rouge - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08.06.05

le soir, jour après jour

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(rainette méridionale - Hyla meridionalis, Aït Harbi, Gorges du Dadès, Maroc, le 11 avril 05)

C’est dans l’attente que les choses se font. Le silence et l’immobilité, quand ils ne sont pas une résignation, remplissent les veines, préparent les cœurs et déplient les âmes. La fenêtre ouverte sur la nuit donne un nouveau sens aux jours. Jamais l’avenir ne promet d’être aussi fascinant qu’en ces moments imprégnés d’ombre et de doute, où le noir et la lumière se confondent.

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05.06.05

la demoiselle

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(caloptéryx vierge - Calopteryx virgo, Les Molières, Montvendre, Drôme, le 5 juin 05)

Dame que je vis au mitan du soleil, comme barquette allègre et seule. Dame chasseresse, sous sa beauté légère, prenait l'air de rien et finalement la mouche.

[Les libellules caloptéryx ont un comportement typique. Les mâles se tiennent immobiles sur la tige d'un arbuste, à environ deux mètres de haut, pour surveiller leur territoire. D'ici, ils chassent à l'affût, fondant sur les moucherons pour revenir immédiatement au même endroit et dévorer leur victime. Si un mâle de la même espèce vient à passer, le maître des céans plonge sur l'intrus, ailes écartées. L'affrontement éclate, toutes mandibules dehors, et peut durer quelques longues secondes. Le propriétaire n'est pas toujours vainqueur, même s'il occupe le coin depuis plusieurs jours. Si une femelle s'avance ici, le mâle vole à elle et recourbe son abdomen pour lui montrer son extrémité. Il la dirigera par la suite vers le lieu de ponte (mare ou ruisseau) pour la copulation.]

Posté par Richard G à 22:59 - bleu - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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