avant la lettre

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30.05.05

une pensée pour l'Europe

berger
(église San Juan, San Sebastian, Espagne, le 30 déc. 04)

Le séisme d'hier soir me rappelle une vieille chanson de Roxy Music, "A song for Europe", où la voix tremblante de Bryan Ferry(boat) le disputait à des arrangements rococos sur l'air de "vieilles choses perdues", avec un couplet en latin. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comme nous en étions arrivés en avril 2002.


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29.05.05

l'or qui déçoit

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(ophrys drômois - Ophrys drumana, Col de Mézelier, Châtelus, Isère, le 28 mai 05)

La satisfaction du botaniste en herbe, à la rencontre d'une nouvelle espèce, est vite froissée par le résultat des photos : la structure complexe et l'éclat hétérogène des orchidées permettent difficilement d'en apprécier le charme sur une image aplanie. A moins de réinventer la plante par un travail artistique ou de la dénaturer par une prise de vue pour la science, il paraît peu possible, pour l'heure, de mettre en scène la propre joie de l'observateur. D'ailleurs, à bien les regarder, on dirait toujours que les orchidées vont pleurer.
Douze nouvelles images complètent peu à peu l'herbier photographique dans la colonne à droite (orchidées d'Isère).

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25.05.05

avant l'orage

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(Montagut, parc naturel régional de la Garrotxa, Olot, Espagne, le 11 mai 04)

Le plaisir des jeux s’étant épuisé, le vieil homme se tenait assis sur le perron de la maison, silencieux, un peu courbé, regardant au loin, vaguement, là où l’herbe bleue et l’herbe jaune commencent à se confondre à l’avancée du soir. Il guettait l’arrivée de l’averse, de la pluie éperdue. Longtemps épris des soleils triomphants, il aimait maintenant l’eau qui ruisselle de toutes parts, l’eau qui déborde et qui dégorge des chemins, tellement qu’on ne sait plus si elle tombe du ciel, ressurgit de la Terre ou coule de ses yeux. La pluie viendrait de la dernière colline, annoncée dans un fracas zébré de cymbales. Très vite, elle clouerait ses gouttes ovales sur les troncs et les feuilles, sur les tuiles et les cheminées, les champs, les amours, les regrets. Mais ce soir, l’homme attendait et la pluie ne venait pas. Le vent léger n’avait pas stoppé sa course entre les épis, le rossignol s’esclaffait toujours dans la haie de cistes. Aimer, pleurer, soleil, musique et pluie sont les mots d’une même source. Quand tout se perd et se tarit, il n’est que temps de laisser parler les pierres.

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23.05.05

message à mes anges

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(mésange à longue queue - Aegithalos caudatus, Domène, Isère, le 23 mai 05)

C’est la farandole au palais. La campagne, ces jours-ci, exulte de ses enfants. Les renardeaux affûtent la technique du coup de griffe sous l’œil patient de leur mère, les minuscules crapelets quittent le bénitier vaseux où ils n’étaient que têtards et les oisillons capturent les mouches endormies de soleil. J’arpentais ce dimanche un bout de colline derrière chez moi lorsque je me retrouvai bientôt encerclé par sept, non huit petits d’une nichée de mésanges. Une boule de duvet encore, piquée de trois plumes. Si elle n’était pas affublée de cet appendice qui la nomme, la mésange à longue queue serait le plus petit oiseau d’Europe. Si gracile, si fragile, si poussinou qu’on en finit désarmé, un peu plus paternaliste, un peu plus gâteux avant après l’heure.

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21.05.05

(embâcle)

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(rives de l'Isère, Domène, Isère, France, le 21 mai 05)

[tentative d'illustration d'un poème écrit en novembre 1987]

Entendre les ruisseaux chanter entre les pierres
Regarder les moineaux s’amuser dans le lierre
A travers les carreaux où mes doigts se promènent
Poursuivre les sanglots que mon chagrin entraîne.

Sentir la douce haleine du vent qui vient rire
Goûter les larmes tièdes du ciel sans rien dire
A travers les tilleuls qui parfument la cour
Enjamber les écueils qui freinent ton retour.

Sourire au numéro d’un clown ivre qui passe
Espérer ton vaisseau du large de l’espace
A travers les rideaux humides dans ma peine
Courir après les jours qu’emballent les semaines.

Et ne penser à rien pour ne vivre qu’en toi
S’écarter du rivage et plonger sous tes draps
A travers les pays où tes couleurs résonnent
S’évader des soucis que la vie emprisonne.

Blasphémer sur les toits, incendier les églises
S’ensabler dans un rêve où le futur s’épuise
A travers les photos que mes pleurs ont jaunies
Comprendre au bout de tout que tu n’es plus ici,

Mon enfance.

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18.05.05

no mad's land

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(région de Solitaire, Naukluft Park, Namibie, le 2 août 03)

Pour s'emparer des choses, il faut leur inventer un espace, une zone. Sans limites, pas de repères. Sans repère, la peur. A ce monde libre et mouvant nul n’est retenu alors la pensée se cherche des garde-fous. Un bastingage. Mais les cadastres épuisent la poésie. Le quadrillage de l'âme est une prison pour le bonheur. Entaillé, cloisonné, fragmenté, le pré du monde envoie paître des animaux dotés d’œillères étroites : l’homme, dans le redécoupage toujours plus serré de son terroir (géographique, sensoriel, politique ou intellectuel), oublie la perspective, l’échange, l’allant, le rêve. Tout ce qui manque déjà aux défenseurs officiels de la belle, de la merveilleuse idée de l’Europe.

Posté par Richard G à 10:59 - bleu - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16.05.05

oeil pour oeil

   

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(lézard vivipare - Zootoca vivipara, Col de la Brèche, Cordéac, Isère, le 15 mai 05)

Notre regard manque à la Nature, qui se débat dans l’ombre de nos rêves mercantiles et meurt éventrée dans ses merveilleux secrets.

[le lézard vivipare est le reptile le plus haut perché de nos contrées, puisqu’on peut le rencontrer jusqu’à 2500 mètres d’altitude. Il résiste à des hivers de huit mois grâce à son foie qui produit un antigel (glycol) comparable à celui de nos voitures !]

Posté par Richard G à 08:40 - vert - Commentaires [24] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14.05.05

frontières au trait de plume

 

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(cochevis de Thékla - Galerida theklae- Telouet, Ouarzazate, Maroc, le 11 avril 05 - cliquer pour agrandir)

Les traditions musicales subsistent dans la musique classique de certains pays du Maghreb, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud mais l’influence occidentale a corrompu les pratiques traditionnelles à peu près partout. Seul le chant des oiseaux sait résister à l’uniformisation. Certains oiseaux empruntent des motifs au répertoire de leurs congénères et de manière remarquablement fidèle, mais cette propension à l’imitation est propre à l’espèce. Au reste, les variations peuvent être importantes d’un chanteur à un autre. On a même réussi à identifier des accents différents selon l’origine : il existe un régionalisme musical intraspécifique chez les oiseaux, qui, ne serait-ce que des Pyrénées aux Alpes, s’amusent à enrichir leur système vocal de quarts de tons et d’intervalles.

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13.05.05

le baiser de mort

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(dendrobate doré - Dendrobatus auratus, Golfito, Puntarenas, Costa Rica, le 13 août 04)

La minuscule grenouille avait tourné la tête. Elle me fixait. Je m’étais accroupi pour m’approcher d’elle. Elle avait tendu sa tête vers moi. C’est comme si elle voulait m’attirer dans son antre humide. Je n’avais plus qu’à fermer les yeux pour imaginer une femme dont les lèvres se poseraient sur les miennes. J’aurais senti la chaleur de ses seins et les battements de son cœur. Mais la Nature ne s’en laisse pas conter. On est ce dont on se nourrit et quand bien même nos élans s’imbiberaient des rêves tendres qui voltigent autour de soi, cette créature-là a des appétits trop sordides pour être fréquentable. La grenouille venimeuse d’Amérique centrale doit le poison létal de sa peau à l’acide des fourmis dont elle se gave à longueur de journée. Ses excrétions sont d’autant plus redoutables (quelques gouttes tuent un cheval) qu’elles ne jaillissent pas, mais suintent patiemment. L’étiquette dirait même sans mentir « produit authentique élaboré selon une méthode ancestrale ».

Posté par Richard G à 09:20 - noir - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11.05.05

universable

   

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(Aziz, Auberge du Sud, Merzouga, Er-Rachidia, Maroc, le 12 avril 05)

Le sable cristallise d’imparfaites gémellités. Notre différence tient dans nos mains : nouées par la détresse ou au fond de ses poches crevées. J’entrevoyais la dune comme une ressource, elle assèche ton horizon et tarit tes rêves, d’un trait sévère. L’ammonite que tu m’as vendue scintille d’un feu mat dans la vitrine du salon. C'est une étoile tombée au jardin d’un monde à refaire : nos nuits brillent toujours un peu moins quand on rentre du voyage.

Posté par Richard G à 20:02 - bleu - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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