avant la lettre

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31.01.05

corps d'âge en patte-d'oie

          (San Sebastian, détail du port - Espagne, le 1er janv. 05)    Les personnes qui, par mégarde ou négligence, nous abandonnent ne nous quittent pas tout à fait. J'ai gardé très distinctement d'elles un ultime regard, une phrase pliée dans ses petits mots, un bruit de pas qui fixe à jamais leur silhouette pantelante sur l'écran des souvenirs. En revanche, je ne me rappelle plus des joies partagées auprès des vieilles amours. Les barques qui s'affolaient sur nos chairs... [Lire la suite]
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28.01.05

à contre-saison

(liondent hispide, Montagut, Gérone, Espagne, le 30 mai 04)   J'attends les dimanches d'été. J'attends ces jours farcis d'ennui mou et ruisselants de sueur aigre pour regretter les semaines encombrées de l'hiver – comme celle qui s'achève. Je pense à ces heures interminables où la lumière afflue en flots bouillonnants, charriant des ombres imprécatrices sur le bitume calciné. Je pense à elles pour accepter les fragiles filets bleus du soleil qui s'excusaient tout à l'heure de frôler les étoffes épaisses. Ah !... [Lire la suite]
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26.01.05

la forêt domaniale et les collemboles

  (hêtraie-sapinière de Saint-Mury, Isère, le 24 oct. 04)Laisser faire la Nature, lui céder tous ses droits supposés ne l'enrichit pas. Le mouvement spontané de colonisation de la forêt sur les espaces ouverts réduit le nombre d'espèces animales et végétales sur ce territoire. On sait rétrospectivement que l'intervention de l'homme sur le milieu naturel a pu jadis contribuer à diversifier la vie : l'agriculture manuelle et l'élevage extensif ont favorisé vers le Moyen-Age un éclatement des paysages, encourageant la... [Lire la suite]
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24.01.05

une réunion au sommet du désert

      (girafes réticulées, pan Etosha, Namibie, le 11 août 03)          Quand on reconnaît que la lutte contre la diminution de la biodiversité est le parent pauvre de l'écologie à côté des moyens engagés pour limiter le réchauffement de la planète, c'est dire si rien n'est fait pour préserver la richesse et la beauté du vivant sur cette Terre. La conférence internationale qui s'ouvre à Paris sur la diversité des espèces est anachronique à bien des égards. La France est en effet ... [Lire la suite]
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23.01.05

contre-lettre

  (Montvendre, façade est, Drôme, le 24 janv. 04)   Tremblement des jours. Il y a des choses que je n'aime plus. Des musiques, des tableaux. Des livres. Est-ce que j'ai changé ? Je ne crois pas. C'est le rapport de ces choses au temps qui s'est modifié. Le temps de nos vies, la durée de l'expérience culturelle. Accumuler les musiques, les films, les mots même ne me remplit pas d'eux. Ce sont eux au contraire qui se déforment, plus ou moins vite à la lumière des oeuvres nouvelles, décomposés les uns par les... [Lire la suite]
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21.01.05

les crocodiles pleurent comme nous

  (caïman, Golfito, Puntarenas, Costa Rica, le 14 août 04)   Selon les continents, 20 à 60 % de la surface des zones humides a été perdue en quelques siècles. Initié dès l'époque romaine, ce mouvement s'est accéléré avec l'avènement de la mécanisation. En France, une politique irresponsable de modernisation agricole a fait disparaître plus de la moitié des marais côtiers en cinquante ans à peine. Le réchauffement climatique, en diminuant les eaux de ruissellement, contribue aussi à la dégradation des zones... [Lire la suite]
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19.01.05

dialogue de sourds

  (plage de la Zurriola, San Sebastian, Espagne, le 1er janv. 05)   Selon le principe de Doppler, un objet qui s'éloigne renvoie un écho plus grave que le son émis vers lui. Plus la vitesse d'éloignement s'élève, plus grande est la différence des longueurs d'onde. Plus loin nos barques divergeront, plus le chant des vagues ira lamento. Plus grave est le refrain, moins l'air peut l'amortir.   (La chauve-souris sait évaluer le décalage des longueurs d'onde à plus de 99 %. Réajustant constamment... [Lire la suite]
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17.01.05

éclairage à giorno

(Saint-Andéol, les Grandes Tartices, Isère, le 16 janv. 05) Elles ont jailli des litières à peines rouvertes, tout près des draps de neige. Elles signent la première défaite de l'hiver, ces primevères annoncées par l'orphéon précoce des grillons sylvestres et de la grive draine. Mille deux cents mètres d'altitude, précisément sous un buisson d'aubépine dont les drupes saignaient le ciel et les falaises. Certains hommes mélancoliques ne regardent pas les premières fleurs sans pleurer.  
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15.01.05

avant dissipation des brouillards matinaux

(Montvendre, Drôme, 24 janvier 2004) Il est des matins d’hiver plus lumineux, plus triomphants qu’un ciel d’été. Ces heures après l’aurore, quand les étincelles de givre patinent les trottoirs et les toits, avivent l’impression d’un monde renaissant. Tout ce que je regarde, je le connais pourtant par cœur. Mais ces formes, ces silhouettes débarrassées de leurs racines nocturnes exaltent un avenir à redécouvrir. Lavées des souillures des moteurs et des voix, vierges encore d’éclaboussures du soleil, les rues font des veines à... [Lire la suite]
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12.01.05

une infusion de promesses

(méduses phosphorescentes, aquarium de San Sebastian, Espagne, le 29 déc. 2004)   Le gué de la nouvelle année est à peine franchi et déjà la vie s'ébauche. Le marteau de l'hiver avait prétendument cassé les poteries, l'atelier n'a pas cessé de tourner pour autant. N'étaient-ce pas des renoncules, ces ammonites de givre paraphées à la fenêtre ? Quand le froid semble avoir tout pris, il signe encore du sceau de la Création. Et voilà qu'au moindre attiédissement, la poésie ornementale s'efface et la lumière donne corps à... [Lire la suite]
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