avant la lettre

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30.11.04

astérisque et péril

Je connais des sous-bois où l'on se sent envahi par une funeste douceur, le bonheur de la mémoire, mais d'une mémoire sans souvenir. Le goût capiteux de la nostalgie vidée de tout regret, affranchie de tout remords. C'est une forêt silencieuse et repliée, dont les pentes herbeuses et sèches se font complices de notre instinct d'abandon. Elle garde en toute saison la couleur de cette éternité à rebours, la couleur d'une mémoire dépouillée de soleils. Une forêt semée d'étoiles, qui ramène nos cieux rêvés à la terre... [Lire la suite]
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28.11.04

un coup de paix dans l'eau

  Les mares, en tous lieux du globe, abritent une vie foisonnante. En Afrique australe, elles sont le point de ralliement de la plupart des espèces de mammifères, qui viennent ici en troupes, en communautés, pour se désaltérer et se baigner. Il y a une chose qui frappe lorsqu'on examine le comportement des animaux dans ces précaires espaces sociaux : leur discipline, qu'on pourrait assimiler à un sens inné du respect. Les individus restent rassemblés par espèces, s'observent entre eux et partagent la mare en toute... [Lire la suite]
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26.11.04

c'est écrit sous les arbres

Sous la fragile écorce, la vie a préparé son pouvoir de jaillissement. La raison universelle part de cet arbre éventré.   On a oublié de se rappeler que la nature est notre seul élément de référence pour l'organisation de la société. Qu'elle apparaît comme un équilibre obtenu de justesse. Tout y repose sur le fil du rasoir. Elle est certes imparfaite, montre des lacunes et des défaillances. Elle comporte même des monstruosités, mais elle n'en reste pas moins la forme suprême de la cohérence. Le génie humain veillera... [Lire la suite]
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24.11.04

après la lettre

    Une samba triste et la clarté jaune d'un après-midi finissant. Elle m'a écrit cette lettre, ces longues pages. Je caresse son papier. J'ai pris la barque de ses mots, je me laisse couler à son encre.   « Nommer ses sensations pour les partager. Les dire comme les vit, les faire comprendre… Ou seulement les dire, les offrir. Presque en pâture ! Un cadeau dont on ne contrôle plus le dessein. Un cadeau, quoi. Dans son essence. C'est ça, un blog ? ».   Si le blog est un... [Lire la suite]
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22.11.04

poupée barlie (1)

La nature ne perd pas de temps. Les dernières orchidées ont disparu avec les brûlures de l'été, mais voilà qu'au fin fond de l'automne, d'autres espèces pointent déjà le bout de leurs feuilles. Ce n'est pas une anomalie. Certaines orchidées sont précoces, telle cette barlie de Robert, dite aussi orchis géant, qui montrait hier sa rosette dans la pelouse non amendée d'un parc près de Valence, dans la Drôme. La barlie, considérée comme très rare autrefois en France, poursuit son expansion en remontant le long de la vallée du Rhône.... [Lire la suite]
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21.11.04

palefrois en peinture

Un chenal, des chevaux. Chenonceaux renoncé. Dimanche d'automne à la ramasse, pâle et froid, en pâture. Où l'impatience abdique, où les abandons roussis de la nature sont sans vertige. Nostalgie impalpable sous la lumière oblique : les souvenirs n'ont même pas le goût de la poussière, ils délavent le ciel mansardé. Mais le cœur s'obstine.
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19.11.04

le testament d'Orphée

La première connaissance que l'enfant prend du monde, toute pénétrée de passion, appartient à l'imaginaire. Ni logique ni rationnelle, juste des choses délivrées de leur rôle de signaux, de leur fonction prosaïque. Les images de la nuit reprennent aussi des lambeaux du réel, disent les empiristes. Enfant, je regardais mes rêves partir sur leurs grands chevaux. De hautes silhouettes noires s'agitaient autour de mon lit, et je hurlais, hurlais jusqu'à l'arrivée effarée de mon père dans la chambre. La lumière éteignait tout,... [Lire la suite]
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16.11.04

autour d'une Terre

Fleurs étincellent. Poreuses au froid, tendues vers le filet de lumière, bénissant cette lumière, inondées d’espace, pincées par les fragiles couleurs, meurtries d’un rien mais encore avides. Ces fleurs qui reflètent le cœur, si fidèlement, quand on retrouve une amie d’enfance, si chère, si belle qu’on ne sait encore le dire, après toute une vie d’absence, quand d’autres hivers ont effeuillé bien des prairies.
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14.11.04

café affété

Cinq heures et déjà l'ombre. La lame du soir découpe les pensées en tranches si fines qu'elles en deviennent insaisissables. Paix menaçante. Je n'arrive pas à m'attacher à mon café, pas plus que les mots n'agrippent le papier. Goutte à goutte, le doute. Je ne sais ce qui couve au loin ou qui rôde, ce qui se gonfle et tremble, ce qui m'invite. Je deviens l'attente sous le ciel blanc cassé, je suis la rumeur du vent dans les platanes hâves. Et puis une idée me saisit à la gorge, amère comme le café qui refroidit trop vite :... [Lire la suite]
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11.11.04

transposition d'une note

    L'attention n'est pas le fait d'un sujet passif qui s'offrirait sans préparation à tous les stimuli de l'univers. Pour faire attention à un objet, il faut être prévenu. Il faut s'attendre à le rencontrer. Faire attention, c'est anticiper sur un événement à venir, utiliser les souvenirs et l'expérience, mobiliser ses ressources pour accueillir l'événement.   Je ne m'attendais pas à rencontrer ce gecko exotique sous la pluie de minuit. Le chant flûté qui émergeait des herbes, mêlé au crépitement des gouttes,... [Lire la suite]
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