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19.11.04

le testament d'Orphée

La première connaissance que l'enfant prend du monde, toute pénétrée de passion, appartient à l'imaginaire. Ni logique ni rationnelle, juste des choses délivrées de leur rôle de signaux, de leur fonction prosaïque. Les images de la nuit reprennent aussi des lambeaux du réel, disent les empiristes. Enfant, je regardais mes rêves partir sur leurs grands chevaux. De hautes silhouettes noires s'agitaient autour de mon lit, et je hurlais, hurlais jusqu'à l'arrivée effarée de mon père dans la chambre. La lumière éteignait tout, les peurs, les cris, l'angoisse. Et la caresse sur le front me berçait déjà vers d'autres songes, plus doux, plus bleus. Jusqu'à la nuit suivante… Bien des années plus tard, j'ai retrouvé une explication plausible à ces terreurs nocturnes :  le film de Polanski, Rosemary's Baby, visionné accidentellement à l'âge de trois ans, avait imprégné sur mon affectivité des mythes vampiriques et des visions paranoïaques. Ma peur de l'école et surtout de trop hautes maîtresses en blouse sombre fut lente à se guérir. Adulte, j'ai gardé la crainte vive du détournement de candeur. J'en ai même fait un cheval de bataille.

Posté par Richard G le 19.11.04 - rouge - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

    Appartient à l'imaginaire mais est leur réalité.

    Que ma réalité est triste face au moindre % de leur imaginaire.
    Pas simple de conserver cette fraicheur.

    Posté par , le 19.11.04 à 17:41
  • l'innocence prend l'accent violent de la candeur

    Posté par , le 19.11.04 à 17:55
  • L'enfant impregne et oublit,
    L'adulte se souvient et regrette.

    Posté par , le 19.11.04 à 19:57
  • je pense donc je suis

    Je verrais plutot l'enfance comme une chance de construire un imaginaire. Tres brut et tres effrayant au depart, comme un chat qu'on apprivoise...

    Je suis triste pour ceux qui perdent leur chat.
    =^;^=

    Posté par , le 19.11.04 à 20:00
  • Oour un enfant, l'imaginaire, c'est une façon d'ordonner le monde, de lui donner un sens, d'avoir prise sur la réalité, un peu comme la philosophie ou la religion. Pour un adulte, c'est souvent à l'inverse une façon d'échapper à la réalité, peut-être pour qu'elle n'ait pas prise sur soi...

    Posté par , le 20.11.04 à 09:27
  • Barnabé, et si gérer un blog ne révélait pas finalement que nous avons conservé une certaine fraîcheur, du moins dans le traitement de la réalité ? Y'a qu'à lire le tien pour s'en convaincre...

    Ludecrit, d'où tiens-tu ces jolies phrases un peu lapidaires? Soit dit en passant, je pense que l'innocence n'existe pas.

    .jpg, "non, rien de rien, non, je ne regrette rien". Mais il est vrai que j'aime me souvenir. Adulte à demi...

    del4yo, miaou ! Zut, je n'aime pas les chats (oui, je suis désagréable ce matin)

    Mosca, je ne voyais pas l'enfant aussi ordonnateur ou en quête de sens. Mais peut-être le fait-il alors inconsciemment?

    Posté par , le 20.11.04 à 09:58
  • magnifique travail (la photo, le texte, tout)

    Posté par , le 20.11.04 à 10:17
  • J'ai trop à faire des innocents qui clament leur innocence pour me préoccuper des coupables qui clament leur culpabilité...

    [Paul Eluard]

    bonne journée...

    Posté par , le 20.11.04 à 12:56
  • ...

    J'ai entendu un petit cri qui m'a réveillée, ça va Richard..?.. C'est maintenant, l'heure des jolis rêves... Chutttt................

    Posté par , le 21.11.04 à 01:08
  • brr

    détournement de candeur.. existe-t-elle un jour ? pourquoi, alors, lit-on inlassablement grimm à nos petits qui l'adorent ?

    on a tous un film qui, petits, nous a traumatisé, moi : Bernard et Bianca (l'épisode dans la grotte), puis, à 8 ans, la balade de Narayama..

    Posté par , le 21.11.04 à 19:53

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