avant la lettre

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28.10.04

sous l'automne, la page

Aérer, juste après l'aube, son petit moral dans les futaies rougeoyantes, promener sa mélancolie sous les rais embrumés de l'astre humide, confier ses peines indicibles aux limaces qui rongent les vieux lactaires, guetter la stridence maladive d'un dernier grillon. Ne rien perdre de l'heure ni des choses. Admettre sa solitude contre le tronc crevassé d'un sapin, respirer l'odeur forte de résine et d'humus mêlé. Se dire que tout ça existe encore, les touffes folles à l'anse des ruisseaux, les pépiements ténus des roitelets à la... [Lire la suite]
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26.10.04

ma dignité est dans l'arbre

Dernier produit des mécanismes aveugles de la chimie organique, simple résultat intermédiaire dans une chaîne ininterrompue de causes et d'effets, l'homme n'a pas plus de destinée que le cumulus déformé et ballotté par les vents. L'évolution l'a inscrit au bas d'une page, entre deux accolades qu'il s'est empressé de parapher. L'évolution ? Le souffle du hasard combiné au miracle des gènes. Enfin, d'après lui. L'évolution est notre regard perspectif sur un monde impossible à ressentir autrement que par l'expérience immédiate.... [Lire la suite]
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24.10.04

à l'ombre des jeunes filles en fleurs fanées

Souvent la possession éteint brusquement la passion. L'objet révèle sa médiocrité entre nos mains et la vanité de l'être apparaît. Heureusement, il y a l'automne, pour tout rendre fragile. Ce qui n'est bientôt plus nous touche au plus vif. La beauté de l'automne est une révélation confuse de la vérité de l'amour. Son art est l'expression d'une certaine idée de la passion, filante comme le premier baiser, et déjà déchue, comme l'ultime spasme de jouissance.
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22.10.04

le loup est mort ce soir

Un loup a été tué hier au cœur du parc naturel régional du Vercors. Il s'agit du premier animal d'un plan ministériel qui prévoit trois autres tirs. Cette barbarie autorisée sur une espèce protégée par des conventions internationales révèle une autre exception française : le crime politique. Comment peut-on interpréter autrement cette série d'abattages qui a pour seule ambition de calmer la fronde, pour le moins virulente, de certains bergers ? 2 500 loups en Espagne, et près de 600 en Italie n'ont jamais causé là-bas une... [Lire la suite]
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20.10.04

le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Rousseau ?

Constituer le fait historique n'est pas tout. Il faut relier les faits les uns aux autres, établir des relations de causalité qui rendent compte de leur enchaînement. Le déterminisme sur lequel se fondent les sciences de la matière implique que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Pareil déterminisme ne saurait être établi dans les sciences molles que sont l'histoire ou l'économie. Dans ces domaines, où tout influe sur tout, le savant ne peut isoler les causes déterminantes avec la même rigueur que le physicien qui sait... [Lire la suite]
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19.10.04

tout va très bien, madame lamarckisme

   (papillon sp. - famille des monarques? Santa Elena, Costa Rica, le 2 août 04)Le milieu où vit un animal ou une plante lui impose une certaine morphologie. Et lorsque les conditions du milieu changent, de nouveaux besoins surgissent : l'être vivant prend des habitudes, il utilise plus fréquemment tels organes, moins souvent tels autres. Evoluant dans des conditions de lumière assez faibles dûes à la profondeur de la forêt tropicale, le papillon-miroir a perdu une partie de ses écailles colorées. Elles ne lui étaient... [Lire la suite]
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17.10.04

idiopathie

Comment réagissent les hommes quand on leur apprend qu'un tiers des espèces d'amphibiens vivant sur la terre auront disparu d'ici vingt ans ? Comment sensibiliser nos dirigeants au désastre écologique imminent qui, d'une même cause, prive d'eau potable deux milliards d'êtres humains et va rayer du globe cette rainette d'Amérique centrale ? [Les aphasiques moteurs comprennent ce qu'on leur dit et ce qu'ils lisent mais ne peuvent pas articuler tous les mots ou ne peuvent pas les écrire. Dans le cas de... [Lire la suite]
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15.10.04

après la pluie

Un jaseran de pleurs au cou de l'aube. Ta nuit fut donc si triste? A la sertissure du prochain sourire, je taillerai ton topaze. J'épinglerai tes joies au fronteau d'octobre. Les ruisseaux gonflés de chagrin feront tes rivières... de diamant.
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14.10.04

avant la lettre

Avant la lettre, il y a l'émotion. Préalables au langage, le ressenti et la perception intime. L'aptitude à utiliser intentionnellement des signes dépend du regard porté sur les choses et sur le monde, de notre manière à nous y [é]mouvoir. Et si le langage fait la pensée et l'incarne, c'est donc que l'expression émotive, le cri et peut-être le souvenir priment sur elle. Le langage ne se réduit pourtant pas à la parole écrite ou parlée. Le langage est une idée qui se matérialise dans un mouvement, dans le partage d'une... [Lire la suite]
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12.10.04

tapis vert pour un tueur

Ce champignon, une pholiote, ne pousse pas dans la mousse. Lignivore, il est en fait rattaché à une souche enterrée ou à un morceau de bois en décomposition. L'épais matelas végétal se contente d'offrir l'humidité nécessaire à sa croissance. La mousse est complice du champignon, elle soutient son travail redoutable de destruction du bois.
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